Azur Tech Summer : fini l’effet “waouh”, l’IA entre en maturité
Bon marqueur des évolutions et tendances du numérique, l’Azur Tech Summer 2026, hier au campus SKEMA Sophia Antipolis, a montré qu'un tournant net se dessine dans la manière d’aborder l’Intelligence Artificielle : fini l’effet découverte, et bonjour l’étape d’adoption avec une focalisation sur les bonnes pratiques, mais aussi sur les dangers. L’aquaponey nous guette.
L’Azur Tech Summer de Telecom Valley est un bon marqueur des évolutions du numérique. L’édition 2026 qui s’est tenue hier sur le Campus SKEMA de Sophia autour des tendances et usages du numérique avec 170 participants (contre 150 l’année précédente) a dessiné un tournant net dans la manière d'aborder l'intelligence artificielle. Alors que les précédentes sessions étaient marquées par “l'effet waouh” de la découverte, les conférences de cette année témoignent d'une IA devenue mature, avec des interventions désormais centrées sur les bonnes pratiques. “On se rend compte que les gens vont l'adapter et qu'on va arriver sur des développeurs augmentés, des testeurs augmentés grâce à l'IA”, explique Frédéric Assante Di Capillo, qui a mis en place la programmation. “Parallèlement, nous observons la fin d'un fantasme de remplacement total de l'humain par la machine au profit d'une logique de complémentarité et d'efficacité accrue dans la production”. (Photo WTM : de gauche à droite, Julien Michel et Alan Cladx, les cofondateurs de SEO-Perf).
“L'IA nous permet de retrouver de l'humain, en fin de compte"
Autre tendance marquante de cette édition : un net retour des thématiques humaines, presque en réaction au tout-technique des années précédentes. Formations, posture face au monde du travail, accompagnement des équipes : “L'IA nous permet de retrouver de l'humain, en fin de compte. Parce qu'il nous faut des humains pour vérifier, il nous faut des humains pour alimenter cette IA”, résume l'organisateur. Il rappelle par ailleurs que l'essentiel de la valeur d'Azur Tech tient autant au contenu des sessions qu'aux échanges informels qu'elles suscitent. “Pour moi, le plus important, c'est ce qui se passe à la pause de midi”, lorsque les participants confrontent leurs problématiques et nouent, parfois, de futures collaborations professionnelles.
Frédéric Assante Di Capillo juge aussi comme particulièrement encourageant la progression de la participation dans un contexte où “les fréquentations des journées comme aujourd'hui ou des forums ont tendance à un petit peu baisser, se tasser” à l'échelle nationale, voire internationale, freinées par les difficultés des entreprises à libérer leurs salariés une journée entière et par les habitudes de télétravail installées depuis le Covid. Il salue surtout la mixité des publics présents. “Nous avons des habitués. Je vois des têtes que je connais depuis très longtemps, mais nous avons des nouveaux, des gens qui viennent pour leur premier Azur Tech. Un renouvellement salutaire".
“L’étrange histoire de l’Aquaponey ou comment les algorithmes nous bouffent le cerveau”
La face noire de l’IA, avec un fort volet risque, n’a pas pour autant été occultée. En a témoigné un des temps forts de la journée avec la conférence décapante d'Alan Cladx sur le thème apparemment très technique de SEO et IA. Le cofondateur de la société SEO-Perf, implantée à Antibes et membre de Telecom Valley, a démontré par l'absurde, avec l’exemple “Aquaponey” à quel point les IA génératives peuvent être manipulées et diffuser de fausses informations à grande échelle.
L'"aquaponey” est un sport (totalement faux évidemment) qui consiste à faire évoluer un poney dans une piscine. En multipliant les publications sur ce concept fictif, Alan Cladx est parvenu à faire croire aux intelligences artificielles que cette discipline existait réellement, au point qu'elles continuent aujourd'hui d'affirmer qu'elle figurera au programme des Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Une expérience qui a fait rire l'audience, mais, bien moins réjouissant, une autre expérience a été tentée avec la manipulation, un été durant, de la perception du conflit israélo-palestinien par Gemini et ChatGPT aux États-Unis.“L'IA est manipulable et c'est un danger pour les générations futures”, alerte aussi Alan Cladx, inquiet de voir de jeunes générations habituées à interroger les IA pour orienter jusqu'à leurs choix de vote.
Face à ce constat, le spécialiste du SEO (Search Engine Optimization) ne croit guère à une réponse législative, jugée trop lente et fragmentée à l'échelle des frontières nationales. Il plaide avant tout pour l'éducation : apprendre aux enfants qu'une IA “n'invente pas, elle résume”, et qu'il convient de croiser les sources plutôt que de se fier à une réponse unique. Sollicité fin février par plusieurs ministères français dans le cadre d'une réflexion sur la protection de l'information avant les élections présidentielles, il annonce également la parution le 7 octobre prochain, aux éditions Dunod, d'un livre coécrit avec la hackeuse Roman Maltnoy, qu'il présente comme l'un des tout premiers supports pédagogiques français destinés à sensibiliser la génération Z aux dangers de la manipulation par l'intelligence artificielle. Le titre : “L’étrange histoire de l’Aquaponey ou comment les algorithmes nous bouffent le cerveau”. L’autre face de l’IA à éviter. Absolument.