Clap de fin pour Inalve : l'histoire d’une relance avortée
La startup niçoise, spécialisée dans la production de microalgues sur biofilm pour l’aquaculture et l’alimentation animale, vient d’annoncer sa liquidation. Fondée en 2016, relancée en 2022 sous l’impulsion de Véronique Raoul après une première phase de turbulences, elle n’aura finalement pas réussi à transformer sa promesse technologique en trajectoire industrielle durable. Amertume.
“Une technologie pionnière. Un premier marché en attente de volumes. Une industrialisation imminente. En quelques années, ensemble, nous avons franchi des jalons reconnus à l’international. Inalve aurait pu devenir une référence française et européenne en deeptech, agritech, bluetech. Et pourtant ! Inalve ferme. Contre toute logique…” C’est avec amertume que cette startup, sortie d’une technologie d’Inria autour de la production de microalgues, a annoncé hier sur LinkedIn sa liquidation judiciaire. Avec cette fin désormais actée, il est possible de parler d’une forme de “deuxième mort” d’Inalve, au sens où elle avait déjà traversé une crise majeure avant de connaître une relance sous l’impulsion de Véronique Raoul pour retomber finalement en procédure collective jusqu’à la liquidation judiciaire. (Photo DR : Véronique Raoul -au centre- et son équipe).
La naissance
L'histoire est celle d’une biotech-cleantech prometteuse, fondée le 11 avril 2016 à Nice par Christophe Vasseur et Hubert Bonnefond autour d’une technologie brevetée de culture de microalgues sur biofilm, pensée pour l’aquaculture et l’alimentation animale durable. L'ambition ? Industrialiser une production de microalgues moins gourmande en eau et en énergie que les méthodes classiques. Pour cela, la société mettait en avant une technologie issue de travaux menés notamment avec le CNRS, Inria, l’UPMC et CentraleSupélec, et se positionnait comme une alternative durable aux farines de poisson et aux protéines végétales dans l’alimentation animale.
Très vite, la startup a attiré l’attention. En 2018, elle a levé 1,6 million d’euros et obtenu 1,4 million d’euros supplémentaires via le Concours mondial d’innovation, ce qui lui a permis d’envisager un pilote industriel en région Sud. En 2020, elle lançait dans la Plaine du Var une ferme pilote de 1 000 m2 présentée comme une première mondiale dans la production de microalgues sur biofilm.
La première crise et le rebond
Mais comme beaucoup de deeptechs industrielles, Inalve a connu une trajectoire heurtée. L’entreprise elle-même reconnaissait avoir dû se réinventer au fil des années, en passant de la phase laboratoire à la ferme pilote puis à la commercialisation. C’est dans ce contexte qu’intervient, début 2022, la reprise en main par Véronique Raoul, ingénieure en sciences de l’environnement et ancienne directrice de l’innovation et de la coordination scientifique chez Chanel Fragrance & Beauty.
Sous sa direction, Inalve a retrouvé une dynamique. La société a bouclé une levée de 2 millions d’euros fin 2023 auprès de Seventure Partners via Blue Forward Fund, avec le soutien de ses investisseurs historiques Kreaxi et Angelor. Fin 2024, a la recherche d’un terrain de près d’un hectare dans la plaine du Var pour implanter une ferme de production de microalgues, elle affichait encore des ambitions de montée en puissance industrielle, d’extension de capacité et de préparation d’une nouvelle phase de croissance.
La fin
Une nouvelle levée de fonds envisagée ne se concluant pas, la situation s’est néanmoins brutalement dégradée ensuite. Le 15 janvier 2026, le tribunal de commerce de Nice a ouvert une procédure de redressement judiciaire avec une date de cessation des paiements fixée au 1er décembre 2025 et, fait significatif, une mission immédiate confiée à l’administrateur pour lancer un appel d’offres en vue d’une cession. Le 18 mars 2026, le redressement a été converti en liquidation judiciaire, avec désignation de la SELARL Funel & Associés comme liquidateur. Clap de fin d’une relance pourtant énergiquement menée.
Ainsi, malgré une technologie reconnue, un marché porteur, plusieurs levées de fonds réussies et une communication encore ambitieuse à la fin de 2024, Inalve n’a pas réussi à franchir durablement le cap critique entre innovation, industrialisation et rentabilité. Son cas illustre bien la fragilité des startups industrielles à forte composante scientifique : elles peuvent cumuler prix, brevets, financements et reconnaissance sectorielle sans pour autant sécuriser leur modèle économique. D'où l'amertume que suscite cette "deuxième mort" d'Inalve.