Cluster IA à Nice : la puissance de calcul au cœur de la stratégie IA des entreprises
Pour sa conférence de rentrée, le 8 octobre au Hub de l’Innovation, l’association des acteurs azuréens de l’IA a fait le plein autour du calcul haute performance. Un chercheur d’Inria, un entrepreneur et le patron de LuxProvide, opérateur du supercalculateur européen MeluXina, ont livré leurs repères pour dimensionner ses besoins sans exploser les coûts.
Consacré au HPC (High-Performance Computing), la rentrée de ClusterIA a fait le plein jeudi dernier au Hub de l’Innovation à Nice. Sur le thème “HPC & Industrie : développement de l’IA et besoin en capacité de calcul“ la conférence, animée par Isabelle Galy, vice-présidente de l’association, a été à la hauteur d’un événement parisien a salué un participant. (Photo DR : intervenants et participants de ce Meetup de rentrée).
En ouverture, Mathieu Lacage, ingénieur de recherche à Inria, a démystifié l’IA générative. Loin de toute “magie”, un grand modèle de langage (LLM) reste un système statistique qui calcule la probabilité du mot suivant. Surtout, il a rappelé qu’entraîner un modèle, l’adapter ou simplement l’utiliser relèvent de réalités économiques très différentes. Il a donné des ordres de grandeur, présentés comme de simples repères :
- environ 8 millions d’euros et l’équivalent de 1 000 GPU mobilisés pendant deux mois pour entraîner un modèle de frontière ;
- autour de 10 000 euros pour un petit modèle spécialisé d’un milliard de paramètres ;
- environ 200 euros pour adapter un modèle existant à un corpus métier (fine-tuning) ;
- de 0,50 à 20 euros par million de mots pour l’utilisation courante d’un modèle (inférence).
Sa conclusion : partir du besoin métier plutôt que de la course au modèle le plus puissant.
Fondateur de Mensaucta à Sophia Antipolis et de la plateforme d’agents IA Padanet, Antoine Clerget a prolongé ce message par un retour d’expérience très concret. Selon lui, la viabilité d’une solution d’IA ne dépend pas seulement du modèle choisi, d’autant que les modèles deviennent vite obsolètes. Elle dépend de tout le système qui l’entoure : mémoire, orchestration des agents, gouvernance des données, intégration dans les processus. Son premier levier est le routage intelligent des tâches, selon la règle du “plus petit modèle qui passe la barre”. Confier une simple extraction de données à un modèle de pointe peut multiplier les coûts par 50, voire par 140. Il a aussi rappelé que la souveraineté ne se résume pas à la nationalité du modèle : elle tient à l’hébergeur, au trajet des données et aux conditions de leur traitement. Les options vont de l’exécution locale à un GPU dédié, en passant par une infrastructure sécurisée en Europe ou l’API d’un fournisseur européen comme Scaleway.
Arnaud Lambert, CEO de LuxProvide, a ensuite présenté MeluXina, le supercalculateur luxembourgeois accessible directement aux entreprises (voir encadré). Il l’a replacé dans l’écosystème européen du calcul intensif, aux côtés de JUPITER en Allemagne, de LUMI en Finlande, des projets français et des AI Factories. Il a aussi mis en garde contre le “coût de l’attente” : repousser un projet par méconnaissance des capacités disponibles peut coûter cher en compétitivité. Au terme de la soirée, prolongée autour d’une bière de la Brasserie Artisanale de Nice, ClusterIA a retenu trois enseignements pour les entreprises : partir du besoin et non de la technologie, concevoir une architecture qui maîtrise les coûts, et faire de l’infrastructure et de la souveraineté des choix stratégiques.
Arnaud Lambert (LuxProvide) :”Si vous avez besoin de puissance de calcul sécurisée, il y a une solution européenne”Invité par ClusterIA, Arnaud Lambert, CEO de LuxProvide, est venu présenter aux entreprises azuréennes une offre encore méconnue : MeluXina, le supercalculateur luxembourgeois. Tout est parti d’une mission économique luxembourgeoise à Sophia Antipolis, il y a un an, où il a rencontré Isabelle Galy, vice-présidente de ClusterIA. Il y a constaté que la plupart des centres de calcul européens, y compris les AI Factories françaises, sont issus du monde de la recherche. Créé en 2020, LuxProvide a fait un autre choix : "un supercalculateur accessible directement aux entreprises", sur simple contrat commercial. Une différence décisive pour les sociétés, notamment les PME, qui veulent mener leur R&D en interne sans passer par un partenariat avec un laboratoire, lequel implique généralement une publication des résultats. MeluXina est hébergé dans un data center Tier IV hautement sécurisé et certifié ISO 27001. L’opérateur peut garantir que les données restent au Luxembourg et que chaque traitement s’effectue en isolation, sans risque d’interférence, ce qui protège la propriété intellectuelle de ses clients. Pour Arnaud Lambert, la souveraineté ne se limite pas à l’origine du modèle d’IA : il faut aussi savoir où il tourne et où sont stockées les données, un enjeu majeur face aux grands modèles américains. Les entreprises qui frappent à sa porte relèvent de trois grands usages : la simulation numérique (dynamique des fluides, résistance des matériaux), les jumeaux numériques, par exemple pour des pièces de satellites, et l’intelligence artificielle privée. LuxProvide entraîne ainsi des modèles d’IA générative pour des banques, ou encore pour des laboratoires pharmaceutiques soucieux de protéger leurs brevets et leurs données. Ces acteurs régulés ou très sensibles ne peuvent se satisfaire du périmètre de sécurité d’un supercalculateur universitaire, ouvert par nature à un large public de chercheurs. Son message aux entreprises azuréennes se veut complémentaire de l’offre existante en France : qu’il s’agisse "d’une start-up, d’une PME ou d’une grande entreprise", dès lors qu’elle a "besoin de puissance de calcul sécurisée, il y a une solution européenne qui est là". |