Dermatologie numérique : le CHU de Nice lance le Tiers-Lieu d'Expérimentation SKIN
Présentée comme la seule plateforme française 100 % dédiée à l'innovation numérique en santé de la peau, cette initiative portée dans le cadre de France 2030 vise à structurer une filière régionale et nationale, première brique d'un futur institut européen de référence.
Le CHU de Nice a officiellement lancé le 28 mai dernier, à l'hôpital Pasteur 2, le Tiers-Lieu d'Expérimentation SKIN, dit TLE SKIN. Déjà opérationnel depuis janvier selon des sources sectorielles, ce dispositif collaboratif se positionne comme la seule plateforme en France entièrement dédiée à l'innovation numérique en santé de la peau. Son ambition est triple : clinique, technologique et industrielle. Il s'agit de faire travailler ensemble médecins, patients, chercheurs, startups et entreprises autour d'un constat alarmant : les cancers cutanés ont triplé en trente ans, tandis que l'accès aux dermatologues se raréfie sur l'ensemble du territoire.
Concrètement, le TLE SKIN accompagne les porteurs de projets de l'idée jusqu'au marché : validation clinique et technologique, stratégie réglementaire, marquage CE, certification dispositif médical et accès aux 3 000 établissements référencés au catalogue RESAH. Le programme couvre l'ensemble du spectre dermatologique, des pathologies chroniques aux soins cosmétiques, avec une logique de co-construction intégrant patients et praticiens dès la phase de conception. Porté par le Professeur Thierry Passeron, chef du service dermatologie du CHU de Nice, le projet rassemble un consortium solide : URPS Médecine libérale PACA, Association des Dermatologues Libéraux, Fédération Française de la Peau, Inria Sophia-Antipolis, Eurobiomed et Issého, notamment. (Photo DR).
La feuille de route est précise et volontariste : six expérimentations sur trois ans, trente projets détectés ou accompagnés par an, deux à trois ateliers d'open innovation annuels, quatre événements par an, et plus de 50 % des projets impliquant des associations de patients ou des représentants d'usagers. Le rayonnement visé est d'abord régional (PACA et Corse ) avant une diffusion nationale des solutions développées. Un appel à manifestation d'intérêt est d'ores et déjà ouvert pour de nouveaux projets dans le cadre de la vague France 2030 2026. La présentation inaugurale a réuni plusieurs acteurs emblématiques de l'écosystème, dont Bernard Fertil (Anapix Medical) sur la téléexpertise, Thierry Desjardins (SurTouch) sur l'IA appliquée au diagnostic dermato-oncologique, et Kévin Cortacero (Mantalys) sur la pathologie digitale.
Mais l'ambition va bien au-delà du seul tiers-lieu. Le TLE SKIN est présenté comme la première brique d'un projet de plus grande envergure : le SKIN Institute, dont l'ouverture est prévue en 2027 et qui est appelé à devenir le plus grand centre européen de recherche translationnelle sur la peau. Ce futur institut s'intégrera lui-même dans SKIN Excellence, premier cluster mondial dédié à l'innovation en santé de la peau, piloté par Eurobiomed et fédérant déjà plus de 80 acteurs industriels, académiques et institutionnels des régions PACA et Occitanie. Avec 20 millions de Français souffrant d'au moins une des 6 500 maladies de peau recensées, l'enjeu de santé publique est considérable.
Nice affirme ainsi une ambition de positionnement stratégique à l'échelle européenne, en faisant converger sur son territoire santé, intelligence artificielle, recherche clinique et industrialisation. Le TLE SKIN apparaît moins comme un simple incubateur de projets que comme un outil de structuration de filière, un levier pour faire émerger, sur la Côte d'Azur, un pôle d'excellence mondial en dermatologie numérique.