"Augmentée, affaiblie, abandonnée" : ces trois lectures du A de l’intelligence artificielle résument la réflexion de Pascal Staccini, directeur du laboratoire de recherche en santé publique RETINES. Son idée centrale : le même outil peut soutenir le raisonnement d’un étudiant ou, à l’inverse, l’éroder, selon la manière dont il l’utilise. L’intelligence est augmentée lorsque l’étudiant construit d’abord son hypothèse, puis sollicite l’IA pour la mettre à l’épreuve. Elle devient affaiblie lorsque les délégations successives réduisent progressivement l’exercice personnel du raisonnement. Elle est enfin abandonnée lorsque la machine fournit une conclusion que l’utilisateur se contente de valider. Pour l’enseignant, la différence tient donc à l’ordre des opérations : raisonner avant d’interroger, puis analyser la réponse plutôt que l’accepter pour sa seule apparence convaincante.
De cette réflexion, Pascal Staccini tire six compétences et un programme pédagogique en six séances destiné aux étudiants de deuxième année des études de santé. Il propose notamment de leur faire éprouver les limites de l’outil avant de leur fournir une grille d’analyse : repérer les erreurs d’une réponse bien rédigée, comparer un raisonnement construit avec ou sans recours immédiat à l’IA, vérifier les références et mesurer l’écart entre confiance et maîtrise réelle. Un "journal de délégation" permettrait également à chacun d’identifier ce qu’il confie à la machine et ce qu’il saurait encore accomplir sans elle. L’objectif n’est pas d’interdire l’IA, mais de former des soignants capables de rester auteurs de leurs décisions et d’en assumer la responsabilité. Avec cette conviction qui traverse le texte : "On ne peut augmenter qu’une intelligence qui existe."
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