EURECOM : un prestigieux ERC Advanced Grant pour lever un des verrous de l’IA
Avec le projet GENESIS, Paolo Papotti, professeur à EURECOM et titulaire d'une chaire du cluster 3IA Côte d'Azur, mène des recherches ambitieuses sur l’IA appliquée aux bases de données. Il s’agit de faire évoluer l'intelligence artificielle d'un monde dominé par le texte vers un monde capable de raisonner sur les données structurées. Un sujet hautement stratégique pour l’Europe.
Une nouvelle reconnaissance pour EURECOM à Sophia Antipolis et l'un de ses éminents professeurs. Paolo Papotti, qui est également titulaire d'une chaire du cluster 3IA Côte d'Azur, vient d'obtenir un ERC Advanced Grant 2025 pour le projet GENESIS, consacré à une nouvelle génération d'intelligence artificielle appliquée aux bases de données relationnelles. Il s'agit de la huitième subvention ERC avancée décrochée par EURECOM, une distinction de tout premier plan puisque ces financements récompensent des projets de recherche de rupture portés par des scientifiques déjà reconnus internationalement. Le constat de départ du projet est simple : l'IA actuelle traite les tables de données comme du simple texte brut, perdant ainsi les relations critiques entre les enregistrements qui font toute la pertinence de ces données, pourtant omniprésentes dans la finance, la santé, la recherche ou l'administration. (Photo DR : Paolo Papotti).
Pour rappel, l'ERC Advanced Grant s'adresse exclusivement à des chercheurs confirmés au parcours scientifique majeur, pour financer des projets exploratoires situés “aux frontières de la connaissance”. Le montant moyen s'élève à 2,5 millions d'euros sur cinq ans, pouvant atteindre 3,5 millions dans certains cas. L'édition 2025 s'est révélée particulièrement sélective : sur 3 329 propositions déposées à l'échelle européenne, seuls 319 projets ont été retenus, soit un taux de succès d'environ 9,6 à 9,8 %, la France comptant 26 lauréats au total. Au-delà des moyens financiers, cette distinction apporte à un chercheur une forte autonomie scientifique ainsi qu'une visibilité européenne et internationale considérable, constituant un véritable label d'excellence reconnu bien au-delà du monde académique.
L'ambition de GENESIS est de développer une intelligence artificielle capable de comprendre nativement la structure des bases de données relationnelles, à la manière d'un expert humain, plutôt que de simplement “brancher” un modèle sur une base existante. L'approche privilégiée mise sur des modèles plus légers et plus intelligents, moins gourmands en énergie que les systèmes massifs actuels, produisant des résultats précis et fiables adaptés aux données en temps réel, tout en garantissant la confidentialité des informations sensibles sans avoir à les transférer vers des serveurs externes. Une orientation que l'équipe de recherche associe explicitement aux valeurs européennes de souveraineté numérique et de responsabilité.
L'enjeu scientifique dépasse largement le cadre académique : il s'agit de lever un verrou majeur de l'IA contemporaine, les grands modèles excellant sur le texte libre mais restant peu adaptés aux données tabulaires, aux relations complexes entre tables ou aux exigences de rigueur des systèmes d'information. Si la recherche aboutit, elle pourrait transformer la manière d'interroger, nettoyer, fusionner et exploiter les bases de données, avec des retombées concrètes pour les assistants analytiques, l'automatisation des requêtes, la fiabilité des réponses produites par l'IA et la gouvernance des données au sein des organisations.
Pour EURECOM, cette récompense constitue un signal fort qui positionne l'école, et plus largement l'écosystème sophipolitain et le 3IA Côte d'Azur, sur un sujet de recherche hautement stratégique à l'interface entre intelligence artificielle, données et systèmes d'information. Elle va également permettre à Paolo Papotti de constituer ou de renforcer une équipe dédiée autour de GENESIS, avec un horizon de travail de cinq ans et un haut niveau d'indépendance scientifique. De quoi transformer une idée de recherche ambitieuse en une véritable plateforme de rang mondial, confirmant l'attractivité scientifique de la technopole azuréenne sur les sujets d'IA de pointe.