Grasse : Effiblue veut nous libérer de l’angoisse des terres rares

La deeptech, pilotée par Jean-Philippe et Virginie Ginestet, a développé avec le Ginestium un matériau bas-carbone nanostructuré, destiné à remplacer les métaux rares dans les secteurs stratégiques comme les télécommunications, la microélectronique, l’espace et l’énergie. Un nanomatériau breveté, actuellement en préindustrialisation, qui pourrait révolutionner l’industrie.

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La France, disait-on (et il est urgent d’y songer de nouveau) n’a pas de pétrole, mais elle a des idées. La formule pourrait-être reprise pour les terres rares. Elle n’en n’a pas non plus, mais elle aura peut-être comme idée salvatrice le Ginestium que la startup grassoise Effiblue, lancée par Jean-Philippe et Virginie Ginestet, met au point. Ce matériau bas-carbone nanostructuré est destiné à remplacer les métaux rares dans les secteurs stratégiques. Reconnu par plusieurs pôles de compétitivité, il a été présenté lors de conférences internationales et ouvre la voie à des innovations majeures dans les télécommunications, la micro-électronique, l’espace et l’énergie. Un nanomatériau breveté qui pourrait bien révolutionner l’industrie et nous libérer de l’angoisse des terres rares. (Photo SN : Jean-Philippe Ginestet avec Imène LahouijAssociate Professor, Mines Paris PSL – Centre de Mise en Forme des Matériaux à Sophia Antipolis pour un travail de test avec des outils très spécialisés).

La découverte d'un nouveau matériau

"Les travaux ont démarré en 2011 dans le cadre d’une recherche privée autofinancée", rappelle Jean-Philippe Ginestet.“L’objectif initial était de remplacer le palladium sur des électrodes dans le domaine de l’énergie. Les recherches ont conduit à la synthèse d’un matériau à aspect métallique, identifié ensuite comme un carbone pur nanostructuré. Les premières analyses ont été réalisées au Centre des matériaux d’Orléans (CNRS). Elles ont confirmé la pureté et la structure nanométrique du matériau. Entre 2011 et 2017, le développement s’est poursuivi en recherche et développement autofinancée. Créée en 2017, Effiblue a continué à financer ses recherches en parallèle de prestations de services dans l’énergie.

Changement d'échelle en 2023

Le projet change d'échelle en 2023. Les activités externes sont alors arrêtées pour pouvoir se concentrer entièrement sur le matériau. Une première levée de fonds de 500.000 euros est faite auprès de business angels avec un objectif précis : préindustrialiser le matériau. “Les premières applications qu'on a commencé à identifier, tiennent dans tout ce qui touche aux résistances, potentiomètres, condensateurs, électrodes et antennes radio. Un exemple. Quand on allume le GPS du téléphone portable, la batterie se vide très vite, parce que l'antenne GPS consomme énormément. Avec notre matériau, la consommation va pouvoir être réduite.”

Remplacer platine, iridium rhodium ou palladium

“Des applications ont déjà été validées dans la microélectronique pour tout ce qui est composants, ainsi que dans des métiers touchant à la production d'hydrogène, aux piles à combustible, à l'électrochloration pour la purification de l'eau. Dans tous ces cas d’usage, ce sont des électrodes qui sont utilisées et, en général, elles sont recouvertes de platine ou d’iridium rhodium. Là, nous remplaçons platine, iridium rhodium ou palladium, ce qui apporte une valeur ajoutée, à la fois en termes de coûts et de souveraineté. Les industriels ont ainsi la possibilité de fabriquer en France, sans être dépendant de la Chine, de l'Afrique du Sud, de la Russie ou des contextes internationaux".

Un consortium avec des industriels du territoire

EFFIBLUE poursuit son développement en s’appuyant sur un consortium réunissant des industriels du territoire, Avantis Group et Symes (Groupe SYNOV), ainsi que des partenaires académiques de premier plan. En tant que pilote du programme M.A.G.I.C., EFFIBLUE coordonne des travaux dédiés à la caractérisation, en lien avec le PIIM – AMU et le CNRS, ainsi qu’à la pré-industrialisation du Ginestium®. Ce programme bénéficie d’un accompagnement de l’État et de la Région Sud dans le cadre de France 2030, pour un budget global de 2,89 M€.

En parallèle, une collaboration avec le CEMEF, à Sophia Antipolis, permet de conduire des essais de haute précision sur les propriétés mécaniques du matériau, notamment l’usure, la déformation et la dureté.

Un seed de 2 M€ avant une Série A de 15 à 20 M€

"Nous sommes désormais dans une phase de pré-industrialisation d’environ deux ans", poursuit Jean-Philippe Ginestet. "Dans cette perspective, nous prévoyons d’abord un tour seed d’environ 2 M€ pour financer les premières étapes de structuration et de montée en puissance. À l’issue de cette phase, nous envisageons une Série A comprise entre 15 et 20 M€ afin d’industrialiser le volet d’activité le plus rentable et le plus mature parmi ceux que nous aurons validés. En parallèle, nous continuerons à évaluer les applications potentielles dans les batteries, notamment sur les anodes et les cathodes."

 

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