IASP : Vianeo, la Sophipolitaine qui veut remettre l’humain au cœur de l’innovation
Spécialiste du management de l’innovation, la société fondée par Séverine Herlin interviendra deux fois lors de la conférence mondiale des parcs scientifiques et technologiques : pour présenter son IA “socratique” et pour dévoiler, avec l’IASP, un baromètre sur l’écart entre les bonnes intentions et la dure réalité.
Alors que Sophia Antipolis accueille à partir de ce soir la conférence mondiale de l’IASP (International Association of Science Parks and Areas of Innovation), placée sous le signe de la technologie au service de l’humanité, une entreprise de la technopole y occupera une place de choix. Fondée en 2008 par Séverine Herlin, Vianeo s’est donné pour mission d’offrir “le plus court chemin de l’idée à la création de valeur”. Sa méthode de Strategic Business Design réunit dans une même démarche le design thinking, le lean startup, l’effectuation et le management de portefeuille d’innovation. (Photo DR : Séverine et Thomas Herlin, les fondateurs).
"L'innovateur est un détective"
Cette méthode s’articule autour de cinq preuves de valeur : légitimité, acceptabilité, faisabilité, désirabilité et viabilité. Elle est déployée à travers une plateforme numérique, des prestations de conseil et une certification d’experts. Experte reconnue du domaine, Séverine Herlin représente l’Afnor au niveau international pour la norme ISO 56001 sur les systèmes de management de l’innovation, dont elle a cosigné un guide de décryptage en 2025. “L’innovateur est un détective”, résume la fondatrice. “Il a une énigme à résoudre : qu’est-ce qu’il va vendre, à qui, et quelle valeur il va apporter ?”
Pour la résoudre, il ne peut se fier ni au passé ni au futur : il doit collecter des indices dans la réalité présente, puis leur donner du sens pour pouvoir agir. Vianeo l’aide à se poser les bonnes questions et à structurer, argumenter et rationaliser son action dans un environnement incertain. Après avoir accompagné startups et incubateurs, la société travaille aujourd’hui surtout avec des grands groupes et des ETI, parmi lesquels Framatome, Schneider Electric, Veolia, EDF, Valeo ou Melexis. Elle intervient aussi en Espagne et au Brésil, où elle collabore avec la CNEN, l’équivalent du CEA, et suscite l’intérêt de nouveaux acteurs comme le réseau d’incubation Caldera. “L’enjeu, c’est que le management de l’innovation devienne une pratique normale, comme l’est devenu le management de la qualité”, explique Séverine Herlin, dont l’ambition est de “faire de tout collaborateur un innovateur potentiel”.
NEO, l'agent IA socratique
C’est tout le sens de Neo, le dernier outil de la société, que Séverine Herlin présentera le mercredi 28 octobre à 15 h 30 dans le cadre de la session “AI and the human factor”. Son intervention, issue d’un papier de recherche sur les fondements de cette IA, s’intitule “AI as socratic agent in Innovation Management System, from AI decision tools to AI as cognitive mentor that strengthens innovators’ reasoning”. Autrement dit : passer de l’IA outil d’aide à la décision à l’IA mentor cognitif.
“L’IA n’est pas là pour donner une béquille à l’être humain, mais pour l’aider à progresser”, insiste la fondatrice. Neo questionne et challenge l’innovateur pour lui faire prendre conscience de ce qu’il sait, de ce qu’il ignore et des zones d’ombre de son projet. Dans les grands groupes, cet agent conversationnel remplace de fait la traditionnelle boîte à idées : n’importe quel collaborateur peut, à toute heure, faire mûrir son idée en dialoguant avec l’outil, avant d’être accompagné par les équipes humaines du département innovation.
Le baromètre "Human Centricity Gap"
La seconde intervention prolongera ces réflexions sous un angle plus global. À l’initiative de Thomas Herlin, directeur commercial international de Vianeo, la société a conçu avec l’IASP un baromètre baptisé “Human Centricity Gap”. Le questionnaire a été adressé en amont aux quelque 1 200 participants de la conférence et a recueilli 123 réponses venues de 47 pays. Son objet : mesurer la place réellement accordée à l’humain dans les décisions d’investissement, la sélection des projets et les feuilles de route d’innovation.
Sans en dévoiler les résultats, qui seront rendus publics pendant la conférence, les fondateurs laissent entendre qu’il existe un fossé entre l’intention affichée de mettre l’humain au cœur de l’innovation et la réalité des arbitrages, encore dominés par le marché et la technologie. D’où le titre choisi pour sa présentation : “Mind the gap”, comme l’avertissement du métro londonien. “Comment développer des moyens technologiques qui permettent de réconcilier les deux approches et de faire monter la prise en compte de l’humain ?” C’est précisément la question à laquelle Vianeo, dans la technopole, entend répondre avec Neo.