Kalray réussit sa mue : premier EBITDA positif et nouveau contrat majeur dans l'IA
Implanté à Sophia Antipolis, le spécialiste grenoblois des DPUs sort de sa mauvaise passe et publie des résultats 2025 en rupture avec son histoire, portés par un changement de modèle économique qui commence à produire tous ses effets.
De bonnes nouvelles (enfin) pour Kalray. Pour la première fois de son histoire, la société affiche un EBITDA positif. Sur son nouveau périmètre d'activité semiconducteur, elle atteint 6,2 millions d'euros en 2025, contre une perte de 3,9 millions un an plus tôt. Sur l'ensemble du périmètre consolidé, l'EBITDA ressort à 4,6 millions d'euros, contre -8,2 millions en 2024. Dans le même temps, le chiffre d'affaires de l'activité semiconducteur a été multiplié par quatre, à 14,3 millions d'euros, et le taux de marge brute bondit de 51,5 % à 93,3 %, reflet direct du nouveau modèle économique. Le free cash-flow devient positif à 2,3 millions d'euros, contre -21,1 millions l'année précédente. “Cette performance démontre la pertinence de notre nouveau positionnement dans un marché où l'IA demande de plus en plus de solutions spécialisées ultra-performantes”, déclare Éric Baissus, président du Directoire. (Photo DR : Eric Baissus, un serial entrepreneur sophipolitain aux commandes de Kalray).
Des DPUs au coeur des infrastructures IA de nouvelle génération
Ce retournement est le fruit d'un pivot stratégique assumé. Kalray a abandonné son modèle fabless classique , très consommateur de capitaux, pour adopter un modèle hybride fondé sur la licence de propriété intellectuelle et le co-développement à forte valeur ajoutée. Plutôt que de concevoir et vendre des cartes d'accélération sur étagère, la société commercialise désormais ses modules d'IP intégrables dans le design de nouveaux processeurs, notamment les DPUs, ces puces spécialisées dans le traitement intensif des données qui se trouvent au cœur des infrastructures IA de nouvelle génération. Un repositionnement dont la pertinence est validée par les chiffres, et qui a conduit à l'arrêt du “Jumbo contrat” annoncé en 2022, lié à l'ancien modèle.
Le partenariat avec Openchip
Le partenariat noué en 2025 avec Openchip illustre concrètement cette nouvelle trajectoire. Les deux sociétés ont décidé de conserver leurs structures indépendantes tout en renforçant leur collaboration : une équipe d'une vingtaine d'experts de Kalray sera dédiée au support des projets d'Openchip de juillet 2026 à juillet 2027, dans les domaines des DPUs, des AI Gigafactories, de l'Edge AI et de la défense. Les deux partenaires prévoient également de déposer ensemble plusieurs projets européens d'envergure. Une coopération qui illustre la complémentarité de leurs positionnements respectifs : Openchip sur les accélérateurs HPC/AI, Kalray sur les technologies DPU et les solutions sur mesure.
Un nouveau contrat-cadre majeur en vue
Au-delà d'Openchip, Kalray annonce être en phase de finalisation d'un nouveau contrat-cadre majeur avec un acteur de premier plan des infrastructures HPC et IA. L'accord, qui porte sur la licence de technologies Kalray et des prestations de co-développement d'une nouvelle génération de puce à très haute performance, représente plus de 10 millions d'euros sur 18 mois, auxquels s'ajouteront des royalties sur les produits finaux. Les équipes des deux sociétés collaborent déjà étroitement depuis plusieurs mois. Un signal fort qui valide le passage à l'échelle du nouveau modèle économique de Kalray, dont les discussions avancées avec plusieurs acteurs industriels dans les secteurs de l'IA, du HPC, des télécoms et de la défense laissent entrevoir de nouvelles signatures.
Kalray confiante pour 2026
Les perspectives 2026 sont affichées avec confiance : croissance à deux chiffres du chiffre d'affaires et nouvelle amélioration de l'EBITDA. Kalray entend poursuivre le développement de ses modules d'IP au cœur de sa plateforme MPPA, avec des investissements maîtrisés pour pérenniser la génération de cash flows positifs. Les cœurs de calcul KVX de dernière génération (compatibles avec le standard mondial RISC-V) et le Networking Engine haute performance pour SmartNICs et DPUs constituent les deux piliers technologiques de cette feuille de route. Essaimage du CEA fondé en 2008 et soutenu par NXP Semiconductors, Safran et Bpifrance, Kalray aborde cette nouvelle phase avec un bilan assaini et un modèle économique enfin rentable.