Levées de fonds : la Côte tire la croissance régionale au premier semestre 2026
Avec près de 92 millions d’euros levés en neuf opérations, les Alpes-Maritimes concentrent plus du tiers des financements recensés en Région Sud. Une dynamique portée par la santé, l’agritech et le numérique, tandis que Marseille, en pole position au 1er semestre 2025, marque nettement le pas cette année.
Un premier semestre 2026 contrasté : c’est ce que dessine le huitième baromètre régional des levées de fonds de Gomet’, organisé avec Région Sud Investissement, Crowe Ficorec et Webtimemedias, et présenté le 2 septembre à Marseille, au siège de la Banque Populaire Méditerranée. Au total, la Région Sud a recensé 20 levées de fonds pour 269 millions d’euros, contre 26 opérations et 222,3 millions d’euros au premier semestre 2025, soit un nombre d’opérations qui diminue, mais des montants qui progressent de 21%. (Photo DR : lors de la présentation du baromètre à Marseille).
Une résistance du territoire qui tranche avec le recul national
Cette résistance tranche avec le recul national observé par d’autres baromètres et s’explique largement par quelques dossiers de grande taille, au premier rang desquels Hynaero à Istres, qui a levé 110 millions d’euros pour son projet d’avion bombardier d’eau. Pour rappel, les chiffres reposent sur les opérations de haut de bilan rendues publiques par des entreprises ayant leur siège en Région Sud.
La Côte comme moteur régional
Dans ce paysage, la Côte d’Azur s’impose comme l’un des moteurs régionaux. Les Alpes-Maritimes totalisent 91,97 millions d’euros, répartis sur neuf opérations, soit 34,1% des montants levés dans la région. La comparaison est particulièrement favorable : le département n’avait réuni que 36 millions d’euros au premier semestre 2025, 43,4 millions au premier semestre 2024 et huit opérations, tandis que la Provence concentrait alors 62,4% des montants et Marseille, à elle seule, 64%. En 2026, la situation se retourne : Marseille tombe à seulement trois levées et 9,4 millions d’euros, soit 3,5% du total régional, tandis que la Provence hors Marseille concentre 168,3 millions d’euros, largement grâce à la mégalevée d’Hynaero.
Les quatre opérations majeures de la Côte
La performance azuréenne s’appuie d’abord sur quatre opérations figurant parmi les dix plus importantes de la région. À Sophia Antipolis, Median Technologies domine avec 50 millions d’euros pour accélérer ses solutions de dépistage précoce du cancer du poumon. Mycophyto, implantée à Grasse et Sophia, a réuni 16 millions d’euros afin de financer sa première usine de production et développer ses solutions fondées sur les champignons mycorhiziens pour améliorer la fertilité des sols. À Nice, Firecell a levé 7,9 millions d’euros dans le cadre de son rapprochement avec la belge Accelleran, pour bâtir une offre souveraine de 5G privée destinée aux sites industriels et infrastructures critiques. Enfin, Policloud, à Cannes, a rassemblé 7,5 millions d’euros pour son offre de cloud souverain distribué à destination des villes et des entreprises.
Une dynamique de deeptech
Les autres opérations confirment la diversité du vivier azuréen. AI Verse, à Sophia Antipolis, a levé 5 millions d’euros pour ses données synthétiques destinées à entraîner les systèmes de vision par ordinateur ; le spin-off d’INRAE Evolutive Agronomy, ou EVA, a obtenu 1,8 million pour ses solutions biologiques de protection des sols. À Nice, Solaya a bouclé 2 millions de dollars pour sa technologie de modélisation 3D par smartphone, MySunBed 1,6 million pour sa plateforme de réservation de plages, tandis qu’AlgenScribe a réuni 470 000 euros pour sa plateforme d’édition du génome destinée aux thérapies géniques. La santé, l’agritech et les technologies numériques issues de la recherche structurent ainsi une dynamique de deeptech particulièrement visible sur le territoire.
La Provence poussée par Hynaero
L’écart avec l’ouest régional mérite toutefois d’être nuancé. La Provence conserve la première place en montant grâce à Hynaero (hydravion à coque bombardier d'eau) et à des entreprises industrielles ou énergétiques comme SunLib. Mais la Côte d’Azur affiche une plus grande densité d’opérations et un écosystème davantage tourné vers les technologies de santé, les sciences du vivant, la donnée et le logiciel. Un point sur l’âge moyen des entreprises financées en Région Sud : il s'affiche à 5,8 ans ; 18 des 20 sociétés ont moins de dix ans et dix moins de cinq ans. Les levées restent quant à elles concentrées : les dix premières opérations représentent 92% des montants, tandis que les petits tours d’amorçage deviennent plus rares. “Il faut désormais présenter aux investisseurs des résultats plus que des slides, et déjà du chiffre d’affaires enregistré dans les comptes”, a relevé Matthieu Capuono, associé chez Crowe Ficorec.
Plusieurs dossiers engagés pour la fin de l'année
Pour ce qui suit, aucune levée notable n’a été recensée en juillet et août, mais plusieurs dossiers seraient engagés pour la fin de l’année. Sur la Côte d’Azur, le second semestre sera notamment observé à l’aune de l’accélération internationale de Median Technologies, désormais positionnée sur les marchés américain et européen, et de la trajectoire d’Antimatter à Cannes, qui associe Policloud pour l’infrastructure et Hivenet pour la couche logicielle. Le baromètre confirme en tout cas un déplacement de la dynamique régionale : si la Provence continue d’abriter les très grandes opérations industrielles, les Alpes-Maritimes consolident leur rôle de bassin de scale-up et de deeptech, capable de faire émerger des entreprises technologiques à vocation mondiale.
- Une synthèse des positions et un détail des chiffres pourront être retrouvés dans Gomet’ L’Hebdo lundi 14 septembre.