Livmed’s en liquidation judiciaire : la chute du “Uber du médicament”
Après un redressement judiciaire ouvert en 2025, la start-up niçoise Livmed’s a été placée en liquidation judiciaire la semaine dernière. Une fin brutale pour une jeune pousse de la French Tech Côte d’Azur qui avait pourtant levé plusieurs millions d’euros et attiré de grands partenaires. Sa disparition laisse un goût amer dans l’écosystème local.
La start-up Livmed’s, fondée à Nice en 2020 et présentée comme le “Uber du médicament”, a été placée en liquidation judiciaire début avril, après une année de redressement judiciaire. Faute de reprise ou de solution de sauvegarde suffisante, le tribunal de commerce de Nice a mis fin à la période d’observation... et à une belle aventure entrepreneuriale dans le domaine de la santé. (Photo WTM : en juin 2022, dans la foulée d'une levée de fonds de 2,5 M€, Livmed's en pleine ascension inaugurait son nouveau siège à Nice).
L’entreprise s’était développée sur un service de livraison de médicaments à domicile, un modèle qui avait séduit plusieurs investisseurs. Livmed’s avait notamment levé 7 M€ au total en plusieurs opérations et accueilli à son capital des acteurs comme Sanofi Santé Grand Public et CMA CGM. Malgré cette montée en puissance, la société s’est progressivement retrouvée fragilisée par des tensions de trésorerie et surtour par un environnement réglementaire complexe et particulièrement contraignant.
Le conflit avec l’Ordre des pharmaciens a ainsi pesé lourd, très lourd, dans la trajectoire de la startup. La profession contestait le positionnement de Livmed’s, qu'elle stigmatisait comme une activité déguisée de vente ou de courtage de médicaments, dans un secteur très encadré. Une bataille juridique s'est engagée. Elle a duré trois ans, est montée jusqu’à l’échelon européen et a été remportée par l'Ordre en novembre 2025. La machine s'est enrayée et aux difficultés juridiques se sont ajoutées des difficultés internes : retards de salaires, réduction d’effectifs et incertitudes sur un modèle économique remanié pour répondre au cadre juridique.
Le quotidien LesEchos a ajouté que d’autres “zones d’ombre” étaient apparues dans le dossier. Et de noter qu’”il n'y aurait pas que les chiffres qui ont été gonflés, les CV aussi.” Ainsi Talel Hakimi, le CEO, “ne figure en fait pas au registre des anciens élèves de HEC Paris - alors qu'il revendique être diplômé d'un master en administration des affaires. Il a en réalité suivi une formation courte en ligne non diplômante, exploitant la marque de la grande école. De son côté, son cofondateur Mehdi Matyja, qui se présente comme “associé” dans un cabinet d'expertise comptable n'est en fait pas répertorié à l'Ordre des experts-comptables.”
Le dossier Livmed’s n’en illustre pas moins les limites d’un modèle de santé numérique qui doit composer à la fois avec l’exigence d’innovation, la nécessité de prouver sa rentabilité et des contraintes juridiques particulièrement fortes. À Nice, la liquidation de cette start-up emblématique laisse aujourd’hui un goût amer dans l’écosystème local, qui y voyait l’un des symboles les plus visibles de la French Tech azuréenne.