Née au lycée Matisse de Vence, l’appli LUCID étonne et cartonne

Conçue par Lucas Gerhardt et Clément Bellet-Odent, l’application, qui transforme les cours en fiches et en quiz grâce à une IA “socratique”, étonne. Déjà plusieurs fois primée, elle recevra le 17 novembre à l’Institut de France le prix du projet scientifique au lycée. Disponible sur Apple et maintenant sur Android, elle pourrait bientôt donner naissance à une vraie entreprise. Superbe parcours autour des nouveaux outils IA de l’enseignement.

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Tout est parti d’un projet de classe. Au lycée Henri Matisse de Vence, Lucas Gerhardt et Clément Bellet-Odent suivaient une option de gestion de projet en anglais, dont le professeur poussait les élèves à mener leurs propres réalisations. À la rentrée 2025, les deux lycéens partent d’un constat vécu au quotidien : avec l’arrivée de l’IA générative, beaucoup d’élèves s’en servent pour copier les réponses plutôt que pour apprendre. “Le circuit de l’appréhension est totalement court-circuité. On va vers une dette cognitive”, expliquent-ils. Leur idée : mettre l’IA au service de l’apprentissage plutôt que de sa contrefaçon. “Tous les deux, on était lycéens, on avait tous ces problèmes et on voulait vraiment les résoudre.” Après des nuits de travail et des tests auprès de vrais lycéens, l’application LUCID voit le jour. (Photo DR : l’équipe de LUCID à Science Factor avec les deux fondateurs, de gauche à droite Lucas Gerhardt et Clément Bellet-Odent).

Le tuteur virtuel qui questionne plutôt que de livrer des réponses

Gratuite et sans publicité, LUCID récupère les cours des élèves, depuis Pronote ou en photo, et les transforme en fiches, quiz et flashcards. L’application réunit aussi l’emploi du temps, les devoirs et les moyennes, et propose chaque jour un quiz sur les leçons de la veille. Sa singularité tient à son tuteur virtuel, disponible à toute heure, qui adopte une démarche socratique : il pose des questions à l’élève au lieu de lui livrer les réponses, pour le guider dans son raisonnement sans faire le travail à sa place. Les développeurs restent d’ailleurs transparents sur les limites de l’outil, en rappelant que les contenus générés par l’IA peuvent comporter des erreurs et doivent être vérifiés à partir de la leçon. Déjà disponible sur iPhone et iPad, l’application, entièrement redessinée il y a quelques mois, vient d’être acceptée sur le Play Store. Elle revendique plus de 1 400 installations, dans plus de 200 établissements en France.

Le prix du projet scientifique au lycée remis le 17 novembre

Le projet a enchaîné les distinctions en 2026. En mars, l’équipe vençoise remporte le prix national et l’Orange Digital Award du concours Science Factor. En mai, lors de la 19e finale nationale du concours CGénial à Orsay, elle décroche face à 49 projets un prix Génialissime qui la qualifie pour l’EUCYS, le concours européen des jeunes scientifiques. Le jury salue alors “un but pédagogique et la conception d’un produit IA abouti et disponible“. En septembre, à Kiel, en Allemagne, face à plus de 130 jeunes chercheurs venus de toute l’Europe mais aussi du Canada, de Corée du Sud et des États-Unis, LUCID obtient l’Innovation Award in Computer Science. Entre-temps, l’Académie des sciences lui a décerné le prix du projet scientifique au lycée, qui sera remis le 17 novembre à l’Institut de France. “C’est une énorme fierté, parce que cela montre que notre travail est ancré dans une démarche scientifique, menée main dans la main avec nos professeurs”, soulignent les deux cofondateurs. L’Académie de Nice a aussi consacré à LUCID une vidéo vue plus de 70 000 fois.

La création d'une société envisagée

Le bac en poche, les deux fondateurs ont pris des chemins différents : l’un étudie à CentraleSupélec, l’autre en classe préparatoire scientifique. Ils restent pourtant connectés autour de LUCID. Le projet fonctionne pour l’heure sous forme associative, mais la création d’une société est en cours, avec l’ambition d’accéder aux dispositifs de la French Tech ou du réseau Pépite. En octobre, ils ont été invités à intervenir à BIG, le grand rendez-vous de l’entrepreneuriat organisé par Bpifrance à Paris, et la banque publique les a mis en relation avec la Direction du numérique pour l’éducation. À terme, le modèle envisagé repose sur des licences souscrites par les académies et les établissements, afin que l’outil reste gratuit pour les élèves.

Trouver un maximum d'élèves

Pour les deux jeunes entrepreneurs, l’enjeu dépasse leur application. Les collégiens et les lycéens utilisent l’IA de plus en plus tôt, et souvent mal, faute de sensibilisation. “On a vraiment essayé de créer cet outil pour aider à l’intégration de l’IA de manière utile au sein de l’Éducation nationale”, insistent-ils. Plutôt que d’interdire l’intelligence artificielle, ils veulent en faire un accompagnement pédagogique personnalisé. Et l’étape actuelle est déjà entièrement tracée : “Il s’agit maintenant de trouver un maximum d'élèves parce que tout est construit“.

 

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