Neoditel, 25 ans d’aventure télécom à Sophia et un nouveau cap satellitaire
Partie d’un garage au lendemain d’une liquidation, l’entreprise de Pascal Lenchant, spécialiste de l’optimisation des coûts télécoms, a fêté son quart de siècle entourée de ses partenaires. Elle en a profité pour présenter EuroBeam, une offre de connectivité satellitaire souveraine fondée sur la constellation européenne Eutelsat OneWeb.
Tout commence par un échec. En avril 2001, la start-up de Sophia Antipolis que Pascal Lenchant avait rejointe huit mois plus tôt est mise en liquidation, faute d’une nouvelle levée de fonds. "Je me retrouvais donc Belge au soleil et au chômage", s’amuse aujourd’hui l’ingénieur diplômé de Polytechnique de Louvain. Plutôt que de rejoindre un grand cabinet de conseil, il choisit de se mettre à son compte. Un pari. Le 22 octobre 2001, il dépose au greffe du tribunal de commerce d’Antibes les statuts de la SAS Neoditel, créée à Vence avant de s’installer quelques mois plus tard dans la technopole. Pour célébrer ce quart de siècle, le fondateur a choisi de réunir ceux qui ont accompagné l’entreprise. Il n’a pas voulu parler de chiffres : "Ce ne sont que des visages, des gens, des regards et des mains tendues." (Photo WTM : Pascal Lenchant devant le gâteau d'anniversaire, pour les 25 ans de Neoditel, célébrés avec ses partenaires).
"L’entrepreneuriat est avant tout une aventure humaine"
Ces visages jalonnent son récit. Il y a d’abord Céline, première recrue, toujours présente dans l’entreprise, avec qui il va présenter un premier audit télécom à l’école Skema, "le cœur probablement aussi serré que notre dossier dans nos mains moites". Il y a ensuite Yves François, DSI du groupe Colas. En 2003, celui-ci lui confie le plus important audit télécom de ses débuts, puis le fait travailler pendant dix ans en France et dans six autres pays.
Le parcours connaît aussi des turbulences, comme la crise de 2015 puis une période d’hypercroissance, "une forme de crise aussi ". Il y a enfin l’installation dans les locaux actuels en mai 2022. Pascal Lenchant a tenu à remercier les réseaux sophipolitains qui ont accompagné son parcours et auxquels il consacre bénévolement du temps : Initiative Agglomération Sophia Antipolis, Réseau Entreprendre Côte d’Azur, Sophia Club Entreprises, Telecom Valley, UPE06 ou encore la Fondation Sophia Antipolis. Il a aussi salué son mentor George Kayanakis. Sa conclusion : "l’entrepreneuriat est avant tout une aventure humaine".
Une "famille" de 42 salariés et un CA de 6,3 M€
Vingt-cinq ans plus tard, Neoditel emploie 42 salariés et a réalisé un chiffre d’affaires de 6,3 M€ l’an dernier. Son cœur de métier n’a pas changé : auditer les dépenses télécoms des entreprises, identifier les économies possibles et accompagner leur mise en œuvre. La gestion de la téléphonie fixe des débuts s’est enrichie de l’infogérance des flottes mobiles. Le gisement reste considérable. Selon le dirigeant, 30 à 50 % des lignes fixes et 10 à 20 % des lignes mobiles restent facturées sans être utilisées.
La clientèle se compose d’ETI et de grands comptes, parmi lesquels L’Oréal et ses 11 000 lignes, Bureau Veritas, Socotec ou le PMU. Passée par le programme "Les Conquérants" de Bpifrance en 2023, puis par Boost Côte d’Azur, l’entreprise, plusieurs fois classée dans les "Champions de la croissance", ces dernières années, veut désormais changer d’échelle par croissance externe. Elle mise sur les nombreux cabinets de conseil télécoms nés à la fin des années 1990 et confrontés aujourd’hui à la question de leur transmission.
EuroBeam, une nouvelle offre de connectivité satellite souverain
Mais l’anniversaire a surtout servi de rampe de lancement à une nouvelle aventure. Pascal Lenchant part d’un constat : le réseau cuivre, seul service télécom universel garanti par l’État, est en cours de démantèlement. Selon ses chiffres, 2 800 communes seront déconnectées en janvier 2027, avant une extinction totale en 2030, alors que de nombreux territoires ne bénéficient d’aucune alternative en 4G, 5G ou fibre. Face à ce vide, beaucoup d’entreprises se tournent vers Starlink. Le dirigeant y voit un risque de dépendance. Il s’appuie sur une récente décision prêtée à Elon Musk de réduire, sans préavis, le débit des terminaux utilisés en Ukraine. Il dénonce aussi un "dumping" soutenu par l’État américain. "Notre ambition n’est pas de remplacer la fibre ou les réseaux mobiles. Elle est de donner aux entreprises une possibilité supplémentaire de connecter leurs sites et de sécuriser leur activité", précise-t-il.
D’où EuroBeam, nouvelle marque lancée sous la bannière Neoditel. Elle repose sur la constellation européenne Eutelsat OneWeb et ses quelque 600 satellites en orbite basse, une technologie déjà opérationnelle mais jusqu’ici peu commercialisée auprès des entreprises, l’opérateur vivant surtout de contrats publics. Les premiers retours dépassent les attentes du dirigeant. L'offre a été présentée pour la première fois il y a une semaine à Paris à l’issue d’une conférence sur la souveraineté numérique, et une dizaine de clients sur cinquante ont exprimé un besoin. Parmi eux figure Safran, avec qui une présentation est programmée, mais aussi la Fédération française de secourisme, intéressée par des antennes mobiles pour ses véhicules. Pour accompagner cette démarche de souveraineté, l’équipe marketing a conçu un livret recensant des alternatives européennes aux logiciels américains.
Aussi, après avoir aidé pendant un quart de siècle les entreprises à maîtriser leurs dépenses télécoms, Neoditel veut désormais les aider à "garder la maîtrise de leurs télécommunications" en passant par l’espace. Nouveau message pour une nouvelle aventure.
