Nice : Follow Health passe dans le giron du groupe européen Orisha
La Healtech niçoise de logiciels pour chirurgiens et médecins spécialistes rejoint le spécialiste français des logiciels métiers, dans une opération qui illustre la recomposition accélérée du secteur sous l'effet de l'intelligence artificielle. Une ambition pour Orisha : bâtir le SAP des logiciels métiers européens.
C'est une nouvelle étape pour la HealthTech de la Côte d'Azur. Follow Health, éditeur de logiciels dédiés aux médecins spécialistes et aux chirurgiens dont le siège est installé à Nice, au cœur du quartier d'affaires de l'Arenas, rejoint le groupe européen Orisha. L'opération (un montant de plus de 20 M€ a été avancé), a été dévoilée le 30 juin dernier dans le cadre d'une triple acquisition, aux côtés de l'éditeur immobilier Soneka et d'une entreprise du BTP dont le nom n'a pas encore été communiqué. Elle consolide la verticale santé d'Orisha, dont le chiffre d'affaires franchit désormais le seuil des 100 M€. (Photo DR).
Fondée en 2015 à Rennes par Roman Collin, Follow Health a fait le pari, dès son lancement, d'un marché de niche : les praticiens spécialistes et les chirurgiens, sur des disciplines exigeantes comme l'orthopédie, la neurochirurgie, l'urologie ou la chirurgie digestive. Sa plateforme SaaS, pensée par des médecins pour des médecins, couvre l'ensemble du parcours patient (agenda, suivi clinique, documents médicaux, prescription, facturation et télétransmission) et permet aux praticiens de regagner jusqu'à 30 % de temps médical chaque semaine. Aujourd'hui adoptée par plusieurs milliers de professionnels de santé répartis sur plus de 26 spécialités, et certifiée aux standards du secteur (hébergement de données de santé, Ségur), l'entreprise avait séduit dès 2018 des investisseurs de premier plan, dont Xavier Niel, avant de transférer son siège à Nice en 2025.
Pour Follow, ce rapprochement répond à une ambition de changement d'échelle sans renoncer à son identité produit. “Nous cherchions un partenaire capable de nous aider à accélérer beaucoup plus vite, sans compromis sur notre vision produit. Orisha nous apporte une puissance industrielle, technologique et commerciale unique sur le marché européen”, souligne Steven Kavay, CEO de Follow. Concrètement, l'adossement au groupe doit accélérer le déploiement d'outils d'IA métier et d'aide à la décision thérapeutique, tout en préservant l'agilité qui a fait le succès de l'éditeur. Les équipes azuréennes, une quinzaine de collaborateurs à Nice (essentiellement fonctions commerciales, support client et services administratifs), conservent leurs missions.
Du côté d'Orisha (ex-DL Software), l'opération s'inscrit dans une stratégie offensive de consolidation. Soutenu par les fonds américains TA Associates et Francisco Partners, le groupe vise 400 M€ de chiffre d'affaires en 2026 et 600 millions en 2028, avec l'ambition affichée de “bâtir le SAP des logiciels métiers européens”. Son CEO, Alexandre Fretti, assume une logique de conquête : “Les meilleurs éditeurs ne cherchent plus seulement un acquéreur, mais une plateforme capable de leur donner un avenir industriel, d'accélérer leur croissance et de préserver ce qui fait leur force. Si nous annonçons trois acquisitions en même temps, c'est parce que nous croyons profondément dans l'avenir du logiciel métier.”
Cette course à la taille critique n'a rien d'anodin : elle traduit la profonde recomposition d'un secteur bousculé par l'intelligence artificielle. Alors que des outils comme Claude Code d'Anthropic transforment la manière même dont les logiciels sont conçus, “rester un éditeur indépendant va devenir de moins en moins viable”, estime Alexandre Fretti. Pour le dirigeant, la valeur se déplace : “la ligne de code est certes devenue une commodité, mais pas la connaissance métier”. C'est précisément sur cet actif, l'expertise verticale et la proximité client, qu'Orisha entend fonder sa consolidation, quand les doutes des marchés sur les éditeurs de logiciel font naître, paradoxalement, de nouvelles opportunités de rachat.