Nice : Innov&Sea, spécialiste de l'écotoxicité marine, tire sa révérence
La spin-off de l'Université Côte d'Azur, qui cherchait à rendre les crèmes solaires et autres produits cosmétiques compatibles avec la biodiversité des environnements marins, a annoncé la fin de ses activités. De la difficulté de transformer une innovation scientifique prometteuse et validée en modèle économique durable, capable de trouver son marché à plus grande échelle.
À l'heure où la canicule pousse chacun vers les plages et les bains de mer, Innov&Sea venait répondre à une question : comment éviter que les produits solaires de l'industrie cosmétique ne portent atteinte à la biodiversité marine ? Fondée début 2023 à Nice par Pauline Cotinat, Stéphanie Barnay Verdier, Paola Furla et Emmanuel Michelot, avec l'appui du laboratoire IRCAN (Inserm-UCA-CNRS-CHU Nice) et de Sorbonne Université, la start-up avait développé un test in vitro innovant baptisé “Viridis”, permettant d'évaluer l'impact d'une matière première ou d'un produit fini sur l'environnement marin, sans porter atteinte à la biodiversité étudiée. Le constat de départ était éloquent : chaque année, 4 000 à 6 000 tonnes de crèmes solaires sont rejetées dans les mers et océans du monde, avec un impact direct sur les écosystèmes côtiers. (Photo DR : Photo Pauline Cotinat sur le stand Innov&Sea au 35ème congrès de l'IFSCC -International Federation of Societies of Cosmetic Chemists- à Cannes en septembre 2025).
L'innovation technique de l'entreprise reposait sur l'utilisation de cultures cellulaires issues des tentacules de l'anémone de mer Anemonia viridis, un invertébré marin de la famille des coraux constructeurs de récifs. Contrairement aux méthodes traditionnelles d'analyse écotoxicologique, qui sacrifient des organismes vivants comme des fragments de coraux, des embryons d'oursins ou des juvéniles de poissons, le test Viridis exploitait la capacité de régénération quasi infinie des tentacules d'anémones, permettant de fournir des cellules à l'infini sans nuire à la survie du spécimen. Ce procédé permettait d'évaluer non seulement le degré de toxicité d'un produit, mais aussi la réversibilité de son impact sur le milieu marin.
En trois ans d'activité, le projet Innov&Sea a été largement salué. Il a accumulé les signes de reconnaissance : accompagnement scientifique de qualité, prix au Monaco Ocean Protection Challenge, puis lauréate du Blue Innovation Challenge en 2025 pour accélérer un démonstrateur de biosurveillance des eaux côtières. Le test Viridis, dont la commercialisation avait démarré pour les produits solaires, était déjà utilisé par plusieurs marques de cosmétiques et producteurs d'ingrédients, tandis que la start-up travaillait à étendre son procédé à d'autres applications, notamment les pesticides, les produits chimiques industriels ou les emballages plastiques.
Malgré ces avancées scientifiques et cette reconnaissance sectorielle, Innov&Sea a annoncé la fin officielle de ses activités le 30 juillet 2026, via un message publié sur LinkedIn par toute l’équipe. “Cette décision n'a pas été simple, mais nous sommes immensément fiers du chemin parcouru : développer une technologie innovante d'évaluation de l'écotoxicité marine, accompagner des entreprises engagées dans leur démarche environnementale, construire des collaborations scientifiques et industrielles de grande qualité, et contribuer, à notre échelle, à une meilleure prise en compte des écosystèmes marins” est-il noté .
Co-fondatrice, Pauline Cotinat, qui a présidé la start-up depuis sa création en mars 2023, avait, quant à elle, déjà rejoint le pôle de compétitivité Eurobiomed en avril dernier. La fin de l'aventure d'Innov&Sea illustre aussi une difficulté récurrente pour de nombreuses deeptech : celle de transformer une innovation scientifique prometteuse et validée en modèle économique durable, capable de trouver son marché à plus grande échelle.