“Notre IA” : comment l'État compte déployer l’IA dans les services publics
Présenté ce matin par David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics, le plan “Notre IA” marque la fin du temps des expérimentations isolées et le début d'un déploiement systémique de l'IA dans l'ensemble des services publics français. Ce qu’il faut en retenir.
Le constat de départ est sans ambiguïté : 89 % des agents publics interrogés utilisent déjà l'IA dans leur travail, mais 55 % reconnaissent avoir recours à des outils extérieurs au cadre officiel, ce que le plan nomme l'”IA clandestine”. Face à ce phénomène, l'État a choisi d'organiser plutôt que de subir. La pièce maîtresse du dispositif est “L'Assistant”, un outil conversationnel souverain développé par la DINUM avec Mistral AI, hébergé sur une infrastructure française qualifiée SecNumCloud, désormais accessible à l'ensemble des agents de l'État après dix mois d'expérimentation auprès de 10 000 agents. (Image d'illustration générée par nano banana gemini).
Les résultats parlent d'eux-mêmes : gains de temps de 12 % sur les tâches de rédaction et jusqu'à 16 % sur la synthèse documentaire, avec 75 % des agents jugeant l'outil utile pour leur métier. Viennent s'y ajouter “Visio”, la visioconférence souveraine qui génère automatiquement les comptes rendus, “Transcripts”, outil de retranscription audio en un clic, et “DiploIA“, solution de traduction dans 64 langues développée par le ministère des Affaires étrangères et ouverte en interministériel dès juin 2026.
Mais le plan va bien au-delà de la boîte à outils. Il affirme une doctrine claire, articulée autour de trois principes : une IA utile, qui allège la charge administrative sans remplacer les agents ; une IA humaine, construite avec les agents et non à leur place, assortie d'un plan de formation massif (plus de 50 000 agents déjà sensibilisés en 2025, avec l'ambition de former d'ici 2027 tous ceux directement concernés) et d'une négociation syndicale en vue d'un accord-cadre à l'automne ; une IA souveraine enfin, avec la transformation de la DINUM en ARIANE (Autorité référente pour l'intelligence artificielle et le numérique de l'État), chargée de définir les standards communs, de mutualiser les infrastructures et de piloter les grands partenariats technologiques. L'objectif stratégique est aussi financier : réduire une dépendance numérique qui coûte aujourd'hui environ 4,5 milliards d'euros par an à l'État, dont une part significative captée par des éditeurs non souverains.
Pour les services publics concrets, les bénéfices attendus sont multiples et tangibles. Les 8 000 conseillers France services disposeront dès l'automne 2026 d'un assistant IA pour répondre plus rapidement aux usagers sur des centaines de démarches. Les juristes de l'État seront équipés d'outils d'analyse et de veille normative comparables à ceux du secteur privé. Les acheteurs publics verront le traitement d'un marché passer de plusieurs jours à moins d'une heure. Les agents de la DGFiP pourront reformuler automatiquement leurs courriers dans un langage accessible aux contribuables. Et les développeurs de l'État bénéficieront d'assistants à la programmation pour accélérer la livraison des services numériques. Derrière chacun de ces cas d'usage, la même conviction est-il affirmé : l'IA ne doit pas éloigner l'administration du citoyen, mais permettre à l'agent public de lui consacrer davantage de temps et d'attention.