Policloud : un contrat de 580 M€ pour bâtir le cloud européen de l'IA
La startup cannoise du groupe Antimatter, fondée par David Gurlé, signe avec CloudGrid Energy le plus grand contrat de son histoire pour déployer 280 unités de calcul distribué alimentées par des énergies renouvelables sur cinq pays européens. Parallèlement, elle lève 7,5 M€ pour soutenir cette accélération.
C'est un signal fort envoyé à l'ensemble de l'écosystème deeptech européen. Policloud, société du groupe Antimatter basée à Cannes, annonce la signature d'un contrat-cadre de 580 M€ avec CloudGrid Energy, portant sur le déploiement de 280 unités Policloud en Europe. En parallèle, la société lève 7,5 M€ en amorçage pour soutenir cette accélération. L'accord, conclu dans un contexte où la capacité de calcul des grands hyperscalers mondiaux est massivement sous tension (Microsoft fait état d'environ 80 milliards de dollars de contrats Azure non honorés, principalement par manque d'accès à l'énergie) répond à une demande explosive : selon Deloitte, l'inférence IA représentera les deux tiers de la demande mondiale en calcul d'ici la fin 2026, contre un tiers seulement en 2023. (Photo WTM : le lancement de Policloud à Cannes lors du WAICF 2025).
280 unités Policloud à déployer en 18 mois
Concrètement, les 280 unités Policloud à déployer sur dix-huit mois représentent une capacité considérable : 29 000 GPU dédiés à l'intelligence artificielle, 2 millions de vCPU et une puissance énergétique totale de 35 MW. Seize sites ont d'ores et déjà été sécurisés en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et en Suède. La première unité est déjà en service sur le site de Bonne Voisine, dans l'Aube. Chaque module Policloud est conçu pour être déployable en quelques mois sur site : il intègre des GPU et CPU haute performance, du stockage, un système de refroidissement sans consommation d'eau et une connectivité très haut débit, le tout dans une architecture modulaire qui n'exige ni les surfaces ni les délais d'un datacenter traditionnel.
La dimension énergétique au cœur du modèle
Dans le cadre de l'accord, CloudGrid Energy pilote le développement, le financement et l'exploitation des implantations sur des sites disposant d'énergie verte à prix compétitif (centrales photovoltaïques, parcs éoliens, centrales biomasse, mais aussi infrastructures de recharge pour véhicules électriques). Parmi les partenaires de déploiement figure Urbasolar, filiale du groupe Axpo et l'un des principaux acteurs européens du photovoltaïque, qui met à disposition son portefeuille de centrales solaires et assure les démarches d'autorisation et de raccordement.
La souveraineté européenne se construit site par site
En rapprochant physiquement le calcul des sources de production d'énergie renouvelable, Policloud réduit la latence, renforce la résilience et maîtrise les coûts d'exploitation, tout en garantissant une alimentation décarbonée et localisée. “La souveraineté numérique européenne ne se décrète pas, elle se construit site par site”, résume David Gurlé, fondateur et CEO d'Antimatter.
Donner un accès abordable à une infrastructure de calcul haute performance
Derrière ce contrat se dessine une ambition plus large : donner enfin aux PME, startups et entrepreneurs européens un accès abordable à une infrastructure de calcul haute performance jusqu'ici réservée aux géants mondiaux du numérique. Policloud permet en effet de développer et d'exploiter des modèles d'intelligence artificielle open source (Mistral, Nemo, Magistral) sans dépendance à des infrastructures extra-européennes. Les unités Policloud peuvent s'interconnecter via la plateforme d'orchestration distribuée Poligrid, développée en collaboration avec Hivenet, autre société du groupe Antimatter, et avec l'INRIA, l'institut national de recherche en sciences et technologies du numérique, qui est également investisseur du groupe via Inria Studio. La technologie bénéficie du label Deep Tech de Bpifrance et s'inscrit dans la promotion 2025 du programme French Tech 2030.
Les acteurs du tour de table
Le tour de table de 7,5 M€ mobilise des acteurs de référence de l'écosystème deeptech français. OneRagtime, fonds d'investissement fondé par Stéphanie Hospital, figure parmi les investisseurs du groupe depuis sa création. “Nous avons parié que la souveraineté numérique européenne se construirait par l'industrialisation de technologies issues de la recherche française. Le contrat signé avec CloudGrid Energy en est la démonstration concrète”, souligne-t-elle. Bpifrance accompagne également la dynamique, dans le cadre d'un soutien public à une infrastructure qui entend répondre à un enjeu stratégique continental.
Une deeptech locale qui joue dans la cour des grands
Avec ce méga-contrat, Antimatter-Policloud franchit un seuil décisif dans sa trajectoire. La startup cannoise, qui dispose déjà d'infrastructures opérationnelles aux États-Unis, en Europe et dans les pays du Golfe, s'impose comme l'un des acteurs les plus sérieux du néocloud distribué européen. Dans un moment où la convergence entre transition énergétique et transition numérique s'accélère, son modèle (calcul distribué, énergie renouvelable locale, souveraineté des données) incarne une réponse concrète et industrielle à la dépendance technologique que l'Europe cherche à réduire. Pour l'écosystème de Sophia Antipolis et de la Côte d'Azur, dont Antimatter est l'une des figures montantes, c'est aussi la confirmation qu'une deeptech locale peut désormais jouer dans la cour des grands à l'échelle du continent.