PramTrails, l'application qui ouvre les sentiers aux poussettes
Lancée cet été depuis la Côte d'Azur par Antoine Russegger, la plateforme collaborative recense les balades vraiment praticables en poussette et veut fédérer une communauté de parents à l'échelle européenne.
Trouver une balade où la poussette ne finit pas portée à bout de bras au pied d'un escalier forestier : c'est la promesse de PramTrails, application mobile gratuite et site web lancés officiellement en juillet par Antoine Russegger. La plateforme recense, cartographie et évalue les itinéraires praticables avec une poussette. Elle cible d'abord la Côte d'Azur, avec l'ambition de s'étendre à la France et à l'Europe. Disponible sur iOS, avec une version annoncée sur Google Play, l'application revendique déjà 5 000 abonnés sur Instagram et 2 500 utilisateurs, avec un taux de conversion de l'ordre de 50 % entre les deux. (Photo DR : Antoine Russegger, en randonnée avec poussette).
Poussette citadine, tout-terrain, double...
L'idée est née à l'été 2024, peu après la naissance de son fils Benjamin. “Il se réveillait chaque jour à 5 heures du matin, on avait envie de visiter la région”, raconte le fondateur. Mais avec une poussette compacte de voyage, plusieurs sorties tournent court sur des sentiers impraticables. Les outils existants ne l'aident guère : “Les applications de randonnée sont très fortes, mais les poussettes, ce n'est pas leur sujet.”
C'est précisément sur ce point que PramTrails se distingue. Là où les applications classiques se contentent d'afficher un niveau “facile”, elle tient compte du modèle de poussette, qu'il s'agisse d'une citadine, d'une tout-terrain ou d'une double, et de la nature du terrain. “Chaque poussette est différente”, insiste Antoine Russegger. Une poussette compacte que l'on emporte en avion pour un week-end à Barcelone n'a rien à voir avec un modèle suédois à trois grosses roues conçu pour courir en forêt. Les itinéraires peuvent être filtrés selon le revêtement, le dénivelé, le stationnement ou encore la présence de toilettes, de bancs, d'aires de pique-nique et de cafés à proximité. Les parents peuvent enregistrer leurs propres parcours, les garder privés, les partager avec leurs proches ou les publier pour la communauté. “Le plus important pour moi, c'est que ce soit gratuit pour les parents”, souligne le fondateur.
Un modèle économique qui repose sur l'audience
Pour amorcer la carte, Antoine Russegger a lui-même généré la quasi-totalité des premiers itinéraires. Il a utilisé un script Python qui exploite des données ouvertes, comme les caractéristiques des parcs et des voies vertes, puis des modèles chargés d'évaluer ce qui est praticable en poussette. Il appelle cette phase le “seeding the map” : elle doit permettre aux utilisateurs de comprendre le fonctionnement de l'outil avant de prendre le relais. Seule une douzaine de parcours sont visibles sur le site, et c'est un choix assumé. “Dans le monde de l'IA, la donnée est reine. C'est la seule chose qui ne peut pas être répliquée par l'IA, et on peut ensuite mettre des modèles au-dessus”, explique cet ancien spécialiste des données. L'objectif est d'attirer les parents dans l'application et de les y faire contribuer.
Le modèle économique repose sur l'audience plutôt que sur les utilisateurs. Chaque sortie rapporte des “PramPoints”, déjà intégrés à l'application, que le fondateur veut rendre convertibles en réductions ou en bons d'achat auprès de marques de puériculture, de poussettes ou de couches. “Les parents sont une audience très captive qui, en matière de tourisme, dépense plus d'argent et reste plus longtemps sur place”, fait-il valoir. Antoine Russegger reconnaît toutefois le dilemme de l'œuf et de la poule : il faut une communauté suffisante pour convaincre les annonceurs. Sa vision dépasse la navigation : “Il ne s'agit pas d'être une application de navigation pour poussettes, mais un outil qui aide les parents à gagner des points pour acheter ce dont ils ont besoin. “
Les pistes de développement ne manquent pas. Il envisage des “baby hubs”, ces lieux accueillants pour les parents, comme des cafés ou des magasins, qui seraient signalés sur la carte. Un abonnement premium pourrait intégrer un assistant d'IA capable de planifier une journée avec bébé à Rome ou ailleurs en Europe. Il évoque aussi une extension aux porte-bébés dorsaux, réclamée par des utilisateurs, et une déclinaison en marque blanche. Le fondateur se dit également ouvert à des partenariats publics autour de la natalité. Pour l'heure, il travaille seul sur le développement, épaulé par son épouse pour le marketing et les réseaux sociaux, et veut rester concentré : “Ça peut partir dans mille directions.”
Un parcours d'entrepreneur atypique
Ce projet s'inscrit dans un parcours d'entrepreneur atypique. Formé en Grande-Bretagne, Antoine Russegger débute chez Barclays Bank à Londres. Il cofonde parallèlement une start-up d'emballage écologique, brevetée, qui intègre la boisson chaude dans le couvercle des gobelets à emporter. Fragilisé par le Brexit, le projet le conduit en Chine, où il décroche l'accord d'investisseurs lors de la version locale de l'émission Shark Tank. L'implantation d'une usine avec un grand groupe échoue pourtant sur l'attribution d'un terrain par les autorités, et il garde de ces deux années le souvenir d'un pays où "tout est possible".
Après un master en innovation à SKEMA, un projet d'accès à l'alimentation pour les étudiants testé en Cornouailles, il revient en 2021 sur la Côte d'Azur, dans le pays de Grasse où vivent ses parents. Il passe deux ans chez Vulog, spécialiste niçois de l'autopartage, puis travaille comme consultant IT, avant de se consacrer à PramTrails. Nouvelle aventure.