SiPearl allume Rhea1 et fait entrer l’Europe dans l’ère du calcul souverain
Avec son nouveau processeur conçu notamment à Sophia Antipolis, la pépite européenne dont le siège est à Maisons Laffitte franchit une étape stratégique pour l’IA, le supercalcul et l’indépendance technologique du continent.
L’Europe tient désormais son processeur haute performance maison. SiPearl a annoncé avoir franchi une étape décisive avec l’allumage réussi de Rhea1, présenté comme le CPU le plus complexe jamais conçu en Europe. Derrière cette avancée technologique majeure se trouve une équipe répartie entre plusieurs sites européens (Maisons-Laffitte, Barcelone, Bologne, Grenoble, Massy et Sophia Antipolis) où l’entreprise développe une partie de ses expertises microprocesseur. Ce “bring-up”, phase critique de validation matérielle, confirme que la puce fonctionne conformément à sa conception avant sa commercialisation prévue fin 2026. (Photo DR : Philippe Notton et le tout nouveau Rhea1).
Avec plus de 61 milliards de transistors et 80 cœurs Arm Neoverse V1, Rhea1 a été pensé pour répondre aux besoins du supercalcul, de l’intelligence artificielle et des centres de données stratégiques. Le processeur intègre notamment de la mémoire HBM à très haute bande passante et des interfaces de dernière génération capables de traiter d’immenses volumes de données tout en limitant la consommation énergétique. Pour l’Europe, l’enjeu dépasse largement la seule performance technique : il s’agit de disposer enfin d’une infrastructure de calcul souveraine, sans dépendance directe aux géants américains ou asiatiques des semi-conducteurs.
Rhea1 doit ainsi équiper JUPITER, le premier supercalculateur exascale européen, actuellement déployé en Allemagne dans le cadre du programme EuroHPC. À terme, ces capacités de calcul permettront d’accélérer des travaux critiques dans la recherche médicale, la défense, le climat, l’énergie ou encore les simulations industrielles avancées. SiPearl insiste également sur un argument devenu central dans le contexte géopolitique actuel : la sécurité. Le groupe met en avant un processeur sans “backdoor” ni “kill switch”, garantissant une maîtrise européenne complète des infrastructures de calcul sensibles.
Au-delà du produit lui-même, le lancement de Rhea1 symbolise aussi le retour en Europe d’un savoir-faire microprocesseur haut de gamme quasiment disparu depuis les années 1980. Soutenue par l’Union européenne et la France, SiPearl emploie aujourd’hui 200 personnes entre la France, l’Espagne et l’Italie. Pour Philippe Notton, cette étape valide la mission confiée à l’entreprise : reconstruire une filière stratégique européenne capable de rivaliser avec les leaders mondiaux du calcul intensif et de l’IA.