Sophia : le chercheur Patrice Genevet distingué par la Société Française d’Optique
Chercheur CNRS au CRHEA et pionnier des métasurfaces optiques, Patrice Genevet est lauréat 2026 du Prix Jean Jerphagnon pour ses travaux sur les métasurfaces optiques qui ont permis la création de la deeptech Flatlight positionnée sur un créneau stratégique : donner des yeux aux robots.
C'est un jury présidé par Alain Aspect, prix Nobel de physique 2022 et médaille d'or du CNRS, et co-présidé par Thierry Georges, qui vient de lui remettre la distinction. Patrice Genevet, chercheur CNRS au Centre de Recherche sur l'Hétéro-Épitaxie et ses Applications (CRHEA, CNRS/Université Côte d'Azur) à Sophia Antipolis, est le lauréat 2026 du Prix Jean Jerphagnon. Décerné par la Société Française d'Optique en mémoire d'une figure majeure de l'optique et de la photonique, ce prix récompense chaque année un chercheur ou un ingénieur ayant développé un projet innovant à forte valeur scientifique ou à fort potentiel industriel, en favorisant le transfert technologique vers l'industrie. (Photo DR : Patrice Genevet, capture d'écran).
Chercheur de renommée internationale, Patrice Genevet est l'un des pionniers des métasurfaces optiques. Après un doctorat à l'Université Côte d'Azur et un post-doctorat à Harvard dans le groupe de Federico Capasso, il est revenu au CNRS en 2015 pour développer au CRHEA ces composants ultrafins (moins d'un micron d'épaisseur) capables de contrôler la lumière avec une précision inédite. Le principe : des réseaux de blocs rectangulaires nanométriques, dont la taille, la forme et l'espacement sont finement contrôlés, permettent de façonner amplitude, phase, polarisation et fréquence du champ électromagnétique sur une surface plus fine que le centième d'un cheveu. De quoi reproduire, voire dépasser, les fonctions de lentilles et de prismes volumineux, lourds et fragiles. Un travail salué par le prix Aimé-Cotton (2017) et le prix Fabry-de Gramont (2021), et soutenu par le Conseil européen de la recherche à travers l'ERC Starting Grant "Flatlight" (2016-2020), puis l'ERC Proof of Concept "i-LiDAR".
De ce projet européen est née la startup Flatlight. Créée en février 2024 à Sophia Antipolis par une équipe de recherche du CRHEA, elle est passée la même année par l'Incubateur Provence Côte d'Azur. Elle est dirigée par le Dr Renato Juliano Martins (CEO), avec le Dr Christina Kyrou (CTO) et Emil Marinov (COO), Patrice Genevet en assurant le rôle de conseiller scientifique.
Le marché visé est considérable : celui de la vision des robots. À partir des métasurfaces, Flatlight développe des systèmes LiDAR (Light Detection And Ranging) plus performants, plus rapides et moins fragiles. "Les LiDAR actuels sont basés sur des systèmes mécaniques, soit 80 % du marché", explique Renato Juliano Martins. "À base de nanotechnologies, les métasurfaces sur lesquelles nous travaillons ouvrent une nouvelle façon de contrôler la lumière sans avoir recours à des miroirs qui bougent." Considérés comme les yeux des robots, les LiDAR sont un élément clé de l'autonomie. La startup, qui a opté pour une stratégie fabless, vise le secteur de l'automobile (avec des acteurs de type Valeo) mais aussi le marché des entrepôts, des drones, des robots industriels, de la communication optique… Un potentiel énorme.