Sophia : un nouveau chapitre s'ouvre pour Micromania
Un an et demi après la mise en vente décidée par l'américain GameStop, l'enseigne née en 1983 et dont le siège est installé dans la technopole a été rachetée le 16 juillet dernier par un consortium franco-québécois. Objectif : relancer les 300 magasins en misant sur les cartes à collectionner, les produits dérivés et la pop culture.
L'incertitude aura duré près d'un an et demi. En février 2025, GameStop, propriétaire de Micromania depuis 2008, annonçait sa volonté de céder ses activités françaises pour se recentrer sur son marché américain, plaçant dans la tourmente quelque 300 magasins et 1.200 salariés. Le 16 juillet dernier, la sortie du groupe américain a été actée : Micromania a été rachetée par un consortium franco-québécois composé de Stephan Tétrault, Jean-François Chenail, Sandra et Stephen Callahan. Le montant de la transaction n'a pas été communiqué. (Photo DR : la boutique Micromania de Nice-Lingostière).
Fondée en 1983 à Sophia Antipolis
L'histoire de l'enseigne est intimement liée à Sophia Antipolis. Fondée en 1983 par Pierre Loridan, la société avait fait construire en 1986 à Valbonne, avec l'architecte Pierre Fauroux, un bâtiment emblématique, aujourd'hui occupé par le design de Mercedes. Micromania y a conservé son siège social et reste très présente sur le territoire azuréen, avec près d'une dizaine de boutiques dans les Alpes-Maritimes, à Nice, Cannes, Grasse, Saint-Laurent-du-Var, Antibes ou encore Mandelieu. "Pour des millions de passionnés, l'enseigne a été le lieu des premières consoles, des premiers jeux vidéo, des grandes sorties de fin d'année", rappelle le communiqué annonçant le rachat. Elle revendique aujourd'hui plus de 300 magasins et plus de six millions de clients fidèles.
Fragilisée par la dématérialisation croissante et la montée du cloud gaming
Le contexte du rachat, lui, reste délicat. Le modèle historique de Micromania (la vente et la revente de jeux physiques) est fragilisé par la dématérialisation croissante et la montée du cloud gaming. Le timing est même symbolique : deux semaines avant l'opération, Sony annonçait l'arrêt de la production de disques physiques pour les nouveaux jeux PlayStation à compter de janvier 2028, une décision qui menace directement le marché de l'occasion, l'un des métiers fondateurs de l'enseigne.
Les expertises complémentaires des repreneurs
Les repreneurs affichent des expertises complémentaires dans le jouet, le licensing et le retail spécialisé. Chef de file du projet, Stephan Tétrault est un entrepreneur canadien actif depuis plus de 25 ans, à la tête du Groupe Tétrault (McFarlane Toys, Imports Dragon) et actionnaire majoritaire d'EB Games Canada, chaîne issue des magasins GameStop canadiens qu'il a reprise en 2025. Jean-François Chenail, via JAMS Venture Capital, est également actionnaire d'EB Games Canada. Sandra et Stephen Callahan, actionnaires minoritaires, dirigent Cobico International, propriétaire de Gipsy Toys, numéro deux français de la peluche, élu Licencié de l'année en 2024 et fabricant des mascottes Phryges des JO de Paris 2024. "Notre objectif n'est pas de changer son identité, mais bel et bien de conserver la marque Micromania et lui redonner toute sa force", assure Stephan Tétrault.
Les huit piliers de la feuille de route
La stratégie s'inspire directement de la relance d'EB Games au Canada, où le groupe affirme avoir fait progresser les produits dérivés et cartes à collectionner de près de 75 % et ramené dans le vert une entité déficitaire depuis plusieurs années, avec 97 % de magasins bénéficiaires en 2025 contre 77 % un an plus tôt. Appliquée à la France, la feuille de route repose sur huit piliers : accélération du mix produits dérivés et TCG (cartes à jouer et à collectionner), réinvention de l'expérience magasin, optimisation du parc, développement du retail media, formation des équipes, data, omnicanalité et création d'une division événements.
Un magasin flagship près de Paris dès octobre 2026
Le réseau d'environ 300 magasins sera conservé, mais passé au crible pour d'éventuelles relocalisations, agrandissements ou nouvelles implantations. Premier signal concret : un magasin flagship ouvrira dès octobre 2026 près de Paris, avec aussi l'installation de distributeurs TCG dans une trentaine de centres commerciaux. Le pari reste ambitieux. Il s'agit de compenser le recul du jeu physique par des produits à plus forte marge et une approche résolument communautaire, en misant sur ce que le numérique ne remplace pas : l'objet, la collection, le conseil en boutique et l'expérience en magasin. Toute la question sera de transformer les points de vente sans perdre ce qui a fait l'identité de Micromania depuis plus de quarante ans.