Sophia : la solution Lyleoo pour lutter contre les déserts médicaux
Créée par l’opticien Jean-Valéry Desens, la société azuréenne entend fluidifier l’accès aux soins visuels en s’appuyant sur un réseau d’opticiens et d’ophtalmologistes. Une réponse concrète à la pénurie de spécialistes, avec déjà des ambitions en cardiologie et dans l’audition.
Les déserts médicaux ne concernent plus seulement la médecine générale : dans certaines spécialités, l’accès aux soins devient un véritable parcours d’obstacles. L’ophtalmologie en est l’un des exemples les plus frappants. En France, 55 départements sur 96 manquent d’ophtalmologistes, et certains territoires affichent des taux de couverture particulièrement faibles. Pour de nombreux patients, obtenir un rendez-vous pour renouveler des lunettes ou faire vérifier leur vue peut prendre des mois. C’est à partir de ce constat très concret que Jean-Valéry Desens, opticien de profession, a lancé en 2023 Lyleoo, une société installée à Sophia Antipolis, avec l’ambition d’apporter une réponse technologique et opérationnelle à cette pénurie. (Photo DR : une partie de l'équipe de Lyleoo avec Jean-Valéry Desens - à droite)
Les opticiens pour la prise de mesures
La solution développée par Lyleoo repose sur un modèle de téléexpertise en ophtalmologie organisé en circuit court entre opticiens et ophtalmologistes. Concrètement, le patient réalise un bilan visuel chez un opticien partenaire, grâce à des équipements que beaucoup possèdent déjà, comme l’auto-réfractomètre et la tête de réfraction. À cela s’ajoutent un questionnaire médical détaillé, une signature électronique et un premier triage assisté par intelligence artificielle pour repérer les situations non éligibles. Les données sont ensuite transmises sur une plateforme sécurisée à un ophtalmologiste, qui analyse le dossier à distance et rend sous 48 heures un avis médical, des conseils de prévention et, en l’absence de contre-indication, une prescription pour lunettes ou lentilles. Le tout sans coût pour la Sécurité sociale, le service étant financé par l’opticien.
Les cas complexes ou suspects réorientés en présentiel
Lyleoo insiste toutefois sur un point : la téléexpertise ne remplace pas l’examen ophtalmologique complet. Elle vise avant tout à fluidifier le renouvellement des équipements visuels, à désengorger les cabinets et à mieux orienter les patients. Les cas complexes ou suspects sont exclus du dispositif et réorientés vers une consultation présentielle. Cette approche, construite autour d’un cadre réglementaire précis, d’un hébergement sécurisé des données de santé et d’un strict cloisonnement des rôles entre professionnels, a permis à l’entreprise de bâtir sa légitimité. Elle revendique aujourd’hui 150 000 dossiers analysés, un réseau de 1 750 magasins d’optique partenaires — soit environ un magasin sur huit en France — et une présence dans l’ensemble de l’Hexagone comme en Outre-mer.
Une société née de l'expérience du terrain
Cette croissance rapide traduit l’intérêt du marché pour une solution qui répond à une urgence sanitaire tout en s’appuyant sur les acteurs de proximité. Basée aux portes de Sophia Antipolis, avec un data center local et une équipe d’une trentaine de salariés, Lyleoo se présente comme une société 100 % française, née de l’expérience du terrain et pensée pour renforcer l’accès aux soins sans dévoyer le rôle du médecin. Son fondateur met aussi en avant une ligne éthique forte : indépendance médicale, transparence sur les outils d’aide à la décision, consentement éclairé du patient et vigilance active contre les dérives.
La cardiologie et l'audition en prochaines étapes
L’entreprise compte aller plus loin avec la téléexpertise augmentée qui permettra l’intégration d’images du fond d’œil pour renforcer le dépistage de pathologies comme le glaucome. Au-delà de l’ophtalmologie, elle prépare aussi une extension de son modèle à d’autres disciplines confrontées à des tensions comparables, en particulier la cardiologie, via la médecine du travail et les grandes entreprises, ainsi que le domaine de l’audition. Autant de nouvelles pistes de développement qui montrent comment, depuis la technopole, une entreprise issue de la santé et de la tech tente de transformer une contrainte nationale — la pénurie de praticiens — en opportunité d’innovation utile à tous.