Dette et productivité : le Cercle de la Fondation Université Côte d’Azur défend le temps long
Signée par l’économiste Maxime Menuet et présentée ce matin au Palais du Luxembourg, la première Note d’Impact de ce nouveau dispositif propose trois leviers pour redresser les finances publiques sans affaiblir l’investissement. Une traduction concrète de l’ambition du Cercle : rapprocher recherche, entreprises et décision publique.
Comment réduire la dette sans sacrifier les investissements qui permettront de la maîtriser durablement ? Cette question est au cœur de "Dette et productivité : choisir le temps long", première Note d’Impact du Cercle de la Fondation Université Côte d’Azur. Signée par Maxime Menuet, professeur des universités, membre du GREDEG et de l’Institut universitaire de France, elle a été présentée ce mercredi 14 octobre aux Rencontres du Cercle, au Palais du Luxembourg. Son diagnostic relie deux difficultés souvent traitées séparément : le ralentissement de la productivité réduit la croissance et les recettes publiques, tandis que la hausse du coût de la dette limite les moyens disponibles pour financer la recherche, les compétences et les infrastructures. L’auteur invite ainsi à regarder non seulement combien l’État dépense, mais ce que cette dépense construit pour l’avenir. (Photo DR : lors de la présentations aux Rencontres du Cercle organisées ce jour au Palais du Luxembourg).
La note ne plaide pas pour préserver toute dépense au nom de la croissance. Elle propose de distinguer dépenses courantes et investissements d’avenir, puis d’évaluer leur efficacité réelle. "Une consolidation budgétaire mal conçue peut améliorer les comptes publics à court terme tout en affaiblissant la base productive qui permettra de les stabiliser demain", avertit Maxime Menuet. Le raisonnement vaut également pour les aides à l’innovation : leur intérêt doit être mesuré à l’investissement supplémentaire qu’elles déclenchent, plutôt qu’aux seuls montants distribués. Le problème français, selon l’économiste, tient moins à l’absence de ressources qu’à leur transformation : faire de la recherche une capacité industrielle, de l’épargne un financement durable et de la dépense publique un levier de productivité.
Trois propositions structurent cette analyse. La première consiste à joindre à chaque budget un "stress test souverain", autrement dit une simulation de la résistance des finances publiques à cinq et dix ans face à des taux plus élevés, une croissance plus faible ou ces deux chocs combinés. La deuxième vise à orienter volontairement une partie de l’épargne, notamment via l’assurance-vie et le plan d’épargne retraite, vers les fonds propres et l’industrialisation des entreprises, avec des incitations adaptées, des frais maîtrisés et davantage de transparence. La troisième propose de piloter France 2030 par les capacités effectivement créées : production industrielle, puissance de calcul ou fabrication de médicaments critiques. Il s’agirait de fixer des cibles à dix ans et de coordonner recherche, financement, formation et commande publique pour les atteindre.
Ces propositions sont mises en discussion à l’invitation d’Alexandra Borchio Fontimp, sénatrice des Alpes-Maritimes, et de Mathieu Garotta, président de la Fondation. La table ronde annoncée associe notamment Christian de Boissieu, Pierre Brajeux, Pierre Gattaz, Adina Grigoriu et Olivier Peraldi, sous la modération de Léonidas Kalogéropoulos, président d’Entrepreneurs pour la République. L’objectif est de confronter l’analyse universitaire aux réalités des entreprises, aux contraintes du financement et aux responsabilités politiques. "Les savoirs éclairent les choix, les entreprises apportent leur expérience et les responsables publics peuvent mieux apprécier les conditions de l’action", souligne Alexandra Borchio Fontimp.
Cette première publication concrétise la vocation du Cercle, lancé en mars 2026 par la Fondation autour de trois piliers : "Penser, Agir, Rayonner". Plus qu’un réseau de rencontres, il entend faire de la recherche un outil d’aide aux décisions économiques et publiques, en rapprochant expertise académique, acteurs économiques et institutions. Les Notes d’Impact, annoncées en mai, doivent traduire cette démarche en analyses et en propositions opérationnelles sur les grandes transformations du territoire et de l’économie. Après la dette et la productivité, le prochain volet portera sur les infrastructures numériques, leur financement et leurs modèles économiques, avec un intérêt particulier pour les centres de données.