Institut du Cœur Jean Louis Noisiez : un pôle de cardiologie de pointe né de la philanthropie
Inauguré mardi dernier sur le site de l'Institut Arnault-Tzanck à Saint-Laurent-du-Var, le centre (22 500 m² sur neuf étages) a coûté 130 millions d'euros, financés sans aucune subvention publique par la Fondation Jean Louis Noisiez du fondateur de GSF à Sophia Antipolis. Pôle de cardiologie de pointe, il s'appuie sur un partenariat technologique de dix ans avec Siemens Healthineers France.
Les premiers patients y sont soignés depuis le 17 août, mais l'Institut du Cœur Jean Louis Noisiez (ICN) n'a été officiellement inauguré que mardi dernier, le 22 septembre à Saint-Laurent-du-Var. Le projet a été muri pendant une vingtaine d'années. Ce bâtiment de 22 500 m² sur neuf étages regroupe désormais en un même lieu toute la cardiologie de l'Institut Arnault-Tzanck, un établissement de santé privé d'intérêt collectif (ESPIC) déjà centre de recours pour la chirurgie et la réanimation cardiaques en Paca-Est. On y trouve la cardiologie médicale, interventionnelle et structurelle, la rythmologie et la chirurgie cardiaque, du diagnostic jusqu'au suivi. “Nous avons des moyens architecturaux, technologiques et d'innovations qui sont absolument inédits par rapport à l'activité de prise en charge des pathologies cardiovasculaires que nous exerçons depuis 1973 à Saint-Laurent-du-Var”, résume Michel Salvadori, directeur général de l'Institut Arnault-Tzanck. (Photo DR : l'Institut du Coeur Jean Louis Noisiez, un bâtiment imposant).
130 millions d'euros venant de fonds privés apportés par la Fondation
Ce qui rend d'abord le projet exceptionnel, c'est son financement. Les 130 millions d'euros viennent entièrement de fonds privés, apportés par la Fondation Jean Louis Noisiez via sa structure d'investissement, Trévise Participations. ”Le projet a été monté sans aucune subvention, ni communale, ni départementale, ni régionale, ni nationale”, insiste Jean-Marie Salvadori, président de l'association Les Amis de la Transfusion Arnault-Tzanck.
L'institut est né d'une amitié. En 2020, deux ans avant sa disparition le 1er novembre 2022, Jean-Louis Noisiez, fondateur du groupe GSF basé à Sophia Antipolis, avait décidé de s'engager aux côtés de ce néphrologue pour créer un centre d'excellence en cardiologie. Cet esprit se retrouve dans le fonctionnement de l'établissement. Les médecins y sont tous salariés, donc sans dépassement d'honoraires, et les quelque 800 personnes qui viennent chaque jour sur le site pour une consultation ou un examen n'ont pas de reste à charge.
Un accord technologique avec Siemens Healthineers France
L'institut a aussi été conçu avec un partenaire industriel. Signé en juin 2025 pour dix ans, l'accord avec Siemens Healthineers France est évalué à 22,7 millions d'euros. Il couvre la fourniture, l'installation, la maintenance et le renouvellement des équipements d'imagerie et d'ingénierie médicale : un scanner à comptage photonique, les systèmes d'imagerie des salles de coronarographie et de rythmologie interventionnelle, l'équipement des salles hybrides et des échographes 3D.
Le partenariat ne se limite pas au matériel. Avant l'ouverture, il a servi à simuler, notamment en 3D, les parcours patients, les flux administratifs et cliniques et les besoins en personnel. Il prévoit aussi d'accompagner sur la durée la numérisation du parcours patient, le pilotage de l'activité et l'amélioration continue de l'organisation. “Grâce à cet environnement technologique, nous pouvons bénéficier à tous les niveaux et dans toutes les salles opératoires de l'ensemble des images, des outils de diagnostic et de l'historique du patient”, souligne Michel Salvadori.
“Le poumon de ce bâtiment, c'est le bloc opératoire”
Pour développer une cardiologie de pointe, l'ICN dispose d'un plateau technique de près de 5 000 m². “Le poumon de ce bâtiment, c'est le bloc opératoire”, affirme son directeur général. Le bloc comporte neuf salles : trois de chirurgie cardiaque, dont une réservée à la simulation et à l'enseignement, deux salles hybrides et quatre salles interventionnelles. L'institut dispose aussi de 60 lits d'hospitalisation conventionnelle et de 26 lits de soins critiques.
L'Institut Arnault-Tzanck réalise chaque année environ 450 chirurgies cardiaques lourdes, 1 000 dilatations coronaires et 2 500 coronarographies. Il veut maintenant prendre en charge des cas de plus en plus complexes, sans travailler en vase clos. Pour les interventions qui en ont besoin, son plateau technique est ouvert aux cardiologues du CHU de Nice, des hôpitaux de Cannes et d'Antibes et de la clinique Saint-Georges. Des espaces sont également prévus pour l'enseignement, la recherche et l'innovation. Un nouveau phare dans le paysage hospitalier azuréen.
Fondation Jean Louis Noisiez : l'héritage d'un philanthrope discretJean Louis Noisiez a fondé GSF (Groupe Services France) en 1963, un groupe de propreté qui a grandi à Sophia Antipolis à partir de 1978. Président de la Fondation Jean Louis Noisiez, Me Lionel Yvant rappelle que le fondateur de GSF a soutenu pendant près de cinquante ans, “dans une discrétion totale”, un mécénat médico-social de grande ampleur, en commençant par financer des appareils de dialyse. En 2009, il a créé à Biot la Fondation GSF-Jean Louis Noisiez, reconnue d'utilité publique en 2012, pour aider les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer et leurs aidants. La fondation gère ainsi dans la technopole un accueil de jour thérapeutique, présenté comme l'un des plus grands des Alpes-Maritimes. Son but est de préserver le plus possible l'autonomie des personnes accueillies et de les aider à rester chez elles, tout en offrant écoute, conseils et soutien à leurs proches. Elle soutient aussi la recherche sur les maladies neuro-évolutives, avec l'équipe CoBTeK d'Université Côte d'Azur et l'association Innovation Alzheimer Affect Autisme. Depuis 2021, elle prépare sur son site de Biot un centre entièrement consacré aux aidants. Dans le projet de l'Institut du Cœur, la fondation a apporté la vision, l'impulsion philanthropique et le financement. Ce n'est pas elle qui exploite l'établissement : l'Institut Arnault-Tzanck gère le centre et apporte l'expertise médicale. Me Lionel Yvant, qui préside désormais la fondation, s'était engagé dès 2023 à apporter au projet un “soutien pérenne”. Pour que le caritatif ne se résume pas à dilapider un leg, il défend un modèle où la fondation fait fructifier son capital au lieu de simplement le distribuer. |