AI Cluster 3IA Côte d'Azur : de nouvelles frontières pour l'IA azuréenne
Réunie fin septembre au Pôle Alpha Sophia Antipolis, la communauté de l'AI Cluster 3IA Côte d'Azur a fait le point sur ses avancées, ses nouvelles chaires et son offre de formation. Diana Sebbar, directrice exécutive, et Serena Villata, directrice scientifique, détaillent les ambitions d'un cluster qui veut tracer sa propre voie face aux géants américains, tout en appelant les industriels à renforcer leur engagement.
L'AI Cluster 3IA Côte d'Azur n'est pas né par hasard. Comme l'ont rappelé ses responsables en ouverture des AI Cluster 3IA Côte d'Azur Days, il s'inscrit dans une stratégie de site engagée de longue date, depuis une première chaire de recherche financée par l'IDEX d'Université Côte d'Azur, à une époque où l'on parlait encore de science des données plutôt que d'intelligence artificielle. Labellisé institut interdisciplinaire d'IA en 2019, le 3IA Côte d'Azur a obtenu en 2024 le label IA Cluster, avant de lancer officiellement en mars 2025 son programme "IA-cluster 3IA Côte d'Azur 2030". Son consortium s'est élargi à de nouveaux partenaires, dont l'École de l'Air et de l'Espace. Le 11 septembre, une délégation de l'Agence nationale de la recherche est venue acter la clôture du projet 3IA et évaluer sa transition vers le cluster, saluant des dynamiques solides et une orientation stratégique claire. (Photo WTM : Serena Villata -à gauche- et Diana Sebbar, lors de l'ouverture des AI Cluster 3IA Côte d'Azur Days au Pôle Alpha Sophia).
Les chaires de recherche, coeur du réacteur
Le cœur du réacteur, ce sont les chaires de recherche. Le cluster en compte aujourd'hui 38 actives, réparties sur trois axes : Core AI, consacré aux fondements de l'intelligence artificielle, AI for Health, pour les applications en santé, et AI for Secure and Smart Spaces, dédié aux espaces sécurisés et intelligents. "Chaque chaire a un rattachement principal à un axe, mais elle peut collaborer sur d'autres", précise Diana Sebbar. Le cluster soutient leurs travaux en finançant doctorants et postdoctorants, tout en développant les collaborations industrielles. Les journées de septembre ont mis en lumière les nouvelles chaires et fellows, parmi lesquels Antitza Dantcheva, Ezio Malis, Frédéric Giroire ou Christophe Eloy, ainsi que des retours d'expérience comme eBRAIN, projet d'architectures neuromorphiques et d'IA embarquée associé à Durance AI, la start-up portée par le chercheur Benoît Miramond.
Les nouveaux champs du 3IA
Pas question pour autant de se lancer dans une course perdue d'avance. "Il ne s'agit pas de courir derrière les avancées des grandes entreprises américaines, mais d'aller dans les détails et de faire de la recherche sur des solutions complètement nouvelles", insiste Serena Villata. Le cluster ouvre ainsi de nouveaux champs absents du 3IA : la robotique appliquée au domaine médical, l'IA pour les sciences, des mathématiques à la physique avec les réseaux de neurones informés par la physique, ou encore l'analyse de données spatiales, désormais à portée grâce aux nouveaux modèles. D'autres défis demeurent, comme le traitement de données hétérogènes, incomplètes ou "sales". Les conférences invitées de Kenza Bouzid (Microsoft Research), Artur d'Avila Garcez (City University London) et Peter Melchior (Princeton) ont illustré cette diversité.
Le volet formation d'excellence
Autre mission confiée par l'État : la formation d'excellence. Complémentaire de la formation de masse portée par Efelia Côte d'Azur, programme incubé par le 3IA, elle s'adresse aux publics universitaires comme aux entreprises, avec des formations sur mesure mais aussi des modules plus transversaux, notamment sur l'éthique et l'application de l'AI Act. Un sujet que porte Serena Villata, membre du Conseil de l'IA et du numérique et du Comité national d'éthique du numérique, et qui a donné lieu à l'un des temps forts des journées : la table ronde sur l'éthique et la régulation, réunissant Juliette Sénéchal, Alexei Grinbaum, Claude Kirchner et Fabien Tarissan. "Maintenant que l'AI Act est opérationnel, il faut que les entreprises soient conformes à la réglementation", souligne la directrice scientifique, qui pointe aussi les enjeux de l'IA générative pour l'éducation, les enfants, la désinformation et la démocratie.
Une recherche d'investissements industriels
Reste la question des moyens. Le cluster bénéficie de 20 millions d'euros de l'État sur cinq ans, loin des 100 à 120 millions envisagés au départ. "On aurait voulu avoir plus", reconnaît Diana Sebbar, qui voit néanmoins dans ce budget sanctuarisé une chance, à l'heure où les crédits de la recherche universitaire diminuent, et un outil de souveraineté pour développer une IA conforme aux valeurs françaises et européennes. Mais ce soutien public doit faire levier : "L'aide de l'État ne doit pas être autosuffisante. Elle doit entraîner des investissements industriels", plaide-t-elle, en reconnaissant que cet engagement des partenaires reste encore "fragile" .
C'est tout l'enjeu de la réunion, le 16 octobre, du conseil industriel du cluster, élargi pour l'occasion. Objectif : prendre le pouls des besoins des entreprises en matière de recherche et de formation, alors que l'IA a profondément changé depuis la naissance du 3IA. "Nous avons besoin de faire un point avec les entreprises de l'écosystème pour voir ce que l'IA Cluster peut apporter de plus", résume Diana Sebbar. Les collaborations peuvent prendre la forme de projets de recherche classiques ou de thèses co-encadrées, mais aussi passer par le TechPool, qui aide les entreprises à développer des preuves de concept en faisant le lien avec les chercheurs. Un dialogue essentiel pour que la technopole reste l'un des pôles de référence de l'IA en France.